Des noms qui tuent

Posted in Feature on 28 Novembre 2007

By Wizards of the Coast

Bien avant que Magic ne soit un produit fini — qu’il ne soit prêt à jaillir de votre booster, né du front divin de Zeus, — le jeu doit passer par une conception longue et minutieuse. Autant vous prévenir : la chronique d'aujourd'hui n'est pas consacrée à l'extérieur beau et rutilant de Magic et son ambiance pan-multiverselle finale. Au contraire, elle va démonter son exosquelette clinquant pour en explorer les entrailles, ce qui fait Magic et ce qui n'y contribuera jamais. Si vous venez lire Magic à la carte aujourd'hui en espérant y trouver des monologues de personnages imaginaires et des détails croustillants sur les mystères de Lorwyn, vous feriez peut-être mieux d’aller voir sur une autre page. Mais si relever vos manches et vous salir les mains pour regarder sous le capot du moteur créatif de Magic vous botte, alors restez avec nous.

Aujourd'hui, nous allons parler des noms des cartes. Attention : ça va devenir rapidement très gore.

Ce qu'il faut faire, et ce qu'il ne faut surtout pas faire

Kithkin_GreatheartComment décidons-nous d’appeler les cartes Magic comme nous le faisons ? Qu’est-ce qui fait qu'une carte obtienne un nom spécifique ? Quelles sont les obligations auxquelles les noms doivent obéir pour finir imprimés sur une carte Magic ?

En fait, il y a très peu de directives positives. Peu de règles nous disent 'c'est COMME CA que cette carte doit s'appeler'. Bien sûr, il va de soi que le nom d'une carte doit exprimer son rôle, son appartenance à l'extension, et il y a aussi quelques considérations esthétiques à suivre, en utilisant toutes les ruses de la langue à notre disposition comme les allitérations, pour ne citer qu'elles. Mais il y a très peu de choses qui nous poussent dans une direction particulière pour créer des noms. En fait, c'est la partie la plus amusante la phase créative (et le moment où on prend parfois les pires décisions). Nous avons carte blanche pour laisser notre imagination divaguer.

Cependant, il faut quand même avouer que même si on est assez libres, il existe des tonnes de consignes négatives, des 'ce-qu'il-ne-faut-pas-faire', pour nous aider à éliminer les noms candidats potentiellement problématiques. Pour chaque extension (sauf les éditions de base, qui ne nécessitent pas de création), une équipe de rédacteurs freelance de textes d'ambiance propose aussi des candidats pour chaque carte. Une fois tous ces noms rassemblés, nous épluchons les listes et nous en éliminons tout ce qui entre dans le cadre d'une des consignes 'ce-qu'il-ne-faut-pas-faire'.

Mais autant rentrer tout de suite dans le vif du sujet. Supposez que vous êtes le coordinateur créatif de Magic, celui qui choisit (et qui crée) les noms des cartes pour une prochaine extension. Vous lisez le début d'une liste de noms candidats soumise par ces rédacteurs indépendants bien diligents, et vous devez décider si le premier d’entre eux passe le premier test ou non. Vous devez toujours vous poser une question, et tenir compte de toutes les réponses possibles :

(Pourquoi ce nom ne convient-il PAS pour cette carte ?

1. Parce que exactement le même nom a déjà été utilisé

Teleport
C’est la réponse la plus fréquente. Souvent, on me demande 'Pourquoi ne peut-on pas donner des noms plus simples aux cartes Magic ?' ou 'Si une créature est un elfe et un guerrier, pourquoi on ne l'appelle pas Elvish Warrior (Guerrier elfe) ?' La réponse est simple : parce qu'il existe déjà une carte de ce nom. La première raison d’élimination d'un candidat, c'est un conflit avec le nom d'une carte déjà publiée.

Pour une carte Magic, le nom est une caractéristique d'identification ultime, une représentation des mécaniques de jeu qui lui sont spécifiques. Si les cartes de plusieurs extensions ont le même nom, ce n'est pas parce qu'elles sont similaires ou interchangeables ; c'est parce qu'en termes de jeu, elles sont toutes la même carte. Remarquez par exemple qu'Oracle ne précise pas l'écriture officielle d'une carte en fonction de ses illustrations ou de son extension — la base de données s'intéresse principalement au nom exact de la carte.

Donc, dans Magic, les noms sont uniques. Nous n’utiliserons jamais les mêmes noms pour des cartes au fonctionnement différent. Même si ce n’est parfois pas l’envie qui m’en manque, je ne peux pas recycler un excellent nom comme Teleport (Téléportation) et le donner à une nouvelle carte ; Teleport (Téléportation) a déjà été attribué à une carte spécifique. La Téléportation de Venser, c'est possible. Sauvé par la téléportation, tout à fait. Rune de téléportation, aucun problème. Mais pas Teleport (Téléportation) tout seul.

Au moment où j'écris ces lignes, il existe un peu moins de dix-mille cartes Magic différentes, ce qui représente un risque énorme de duplication des noms. Et le problème survient bien plus souvent que vous pourriez le penser.

2. Parce que nous avons déjà utilisé un nom similaire

Encore plus courant est le nom de candidat bien trop similaire à celui d’une carte déjà existante. Il suffit d'un mot répété ou d'une consonance pour être en infraction, et c’est un cas si fréquent qu'il peut même survenir au sein d'une même extension. Parfois, cependant, nous répéterons un nom dans un but spécifique — par exemple, Surge of Thoughtweft (Déferlement de tramepensée) et Thoughtweft Trio (Trio tramepensée) ou Lace with Moonglove (Arroser de digitale lunaire) et Moonglove Winnower (Vanneur à la digitale lunaire), pour relier l’ambiance des cartes.

Clickslither, Quick Sliver, and Quicksilver DragonMais il arrive aussi que, du coup, certaines noms finissent par apparaître un peu trop souvent. Par exemple, avec Lorwyn, je crois qu'on a fait une overdose du mot "cloud (nuage)". C'est un excellent mot — il exprime quelque chose d'aérien, de fantastique, et de plus il est court et facile à prononcer. Ce sont d'excellentes qualités pour un terme faisant partie d’un nom de carte. Mais il a envahi le format Standard, une carte sur trois semble à présent avoir quelque chose à faire avec les nuages. Bien sûr, c’est un mot dont on ne voudrait pas se débarrasser de manière permanente, et il y a aussi la solution d’utiliser des synonymes (la version française du jeu ne s'en prive pas pour varier les plaisirs), mais 'cloud' a bien mérité de bonnes vacances. Il pourra ensuite revenir pour de nouvelles aventures. Bon voyage !

Dans le même ordre d’idée, il peut parfois y avoir des problèmes de confusion quand des cartes ont des noms quasi-homophones, alors c’est aussi une chose à laquelle nous faisons très attention. Par exemple, les cartes anglaises Clickslither (Cliqueteur rampant), Quick Sliver (Slivoïde rapide) et Quicksilver Dragon (Dragon de vif-argent étaient toutes dans le bloc Carnage (et Clickslither (Cliqueteur rampant) et Quick Sliver (Slivoïde rapide) étaient dans la même extension). Bien sûr, ce sont des cartes très différentes — vous ne les confondrez pas si vous les avez devant les yeux — mais si vous entendez simplement leur nom, c’est un tout autre problème. Heureusement, comme souvent en ce qui concerne les noms de cartes, il n'affecte que la version anglaise.

Pour cette raison, le thème tribal de Lorwyn nous a compliqué la vie. Il y a vingt-trois créatures Gobelin dans Lorwyn. À une exception ou deux près, ce sont des petites créatures rouges et noires non volantes, alors leur donner un nom distinctif — surtout quand le reste de Magic en compte déjà plus de 160 — n'est pas si facile que ça. C'est pour pallier à ce problème que les gobelins reçoivent souvent un nouveau nom dans un nouveau monde (mogg, akki, boggart) — c'est un moyen d'assurer une bonne qualité des noms et d’éviter les confusions.

3. Parce qu'il contredit le type de créature de la carte

Je tire un plaisir presque masochiste de l'exploration du labyrinthe ambiomécanique du système des types de créature, qui vient d’être entièrement refait à neuf par Mark Gottlieb, Brady Dommermuth et une équipe de spéléologues du sous-type dans la Grande mise à jour des types de créature. Comme Mark l'a expliqué en septembre, le nom de la carte était un des critères principaux d'obtention d'un nouveau sous-type dans cette mise à jour. Les Guerriers nains sont devenus guerrier en plus de nain, et les Elvish Archers (Archers elfes) ont acquis le sous-type archer.

Ce système fonctionne dans les deux sens — quand une carte acquiert son nom, celui-ci ne doit pas contredire ses types de créature. Si une créature est un sangami et un soldat, elle ne peut pas s'appeler Éclaireur d'Orprairie, parce qu'éclaireur ne fait pas partie de ses types de créature. Si c'est un élémental, on ne peut pas l'appeler Bête qui écrabouille. Cependant, certains des grands élémentaux de Lorwyn détournent un peu cette règle : Wispmare (Cheval de volutes) n'a pas le type cheval, par exemple. Remarquez aussi que les changelins pourraient avoir tous les types de créature dans leur nom, si on se fiait à cette règle. Changeling Berserker (Berserker changelin ? Pas de problème !

Bien entendu, on peut appeler une carte Zaphod le chasseur de dragon sans qu'elle ait dragon pour type de créature. On peut appeler une carte Albatros géant même si ce n'est pas un géant. Ces noms ne contredisent pas vraiment leur type de créature simplement parce qu'ils utilisent les mots — ils ne prétendent pas que la carte a ces types comme le ferait un 'Éclaireur d'Orprairie'.

4. Parce qu'il entre en conflit avec le type de carte

Maintenant, je on passe au type de carte, il ne s’agit plus du type de créature, et cela occasionne des problèmes un peu plus compliqués. Il est rare qu'un nom candidat utilise le mauvais type de carte — les rédacteurs savent à quoi s'en tenir (sauf dans des cas similaires à Artifact Mutation (Mutation d'artefact)). Mais dans ce cas précis, c'est plus une question de feeling. Et vous allez tout de suite comprendre. Quel est le nom parfait pour un rituel ? Qu'est-ce qui vous donne l'impression d'avoir un équipement en main ?

On rencontre ce problème le plus souvent quand il s'agit de donner un nom à un enchantement. Les enchantements sont généralement conçus (en ce qui concerne les descriptions pour les illustrateurs, du moins) comme des éphémères ou des rituels ; ils représentent souvent un magicien qui lance un sort ou un effet magique qui affecte une créature ou une zone. Mais en termes de jeu, ils restent en place. Alors on évite des noms d'enchantement qui suggèrent une action unique (comme Crib Swap (Échange au berceau) ou Fodder Launch (Lance-chair)) et on les remplace par des noms qui représentent plus des événements de longue durée (Boggart Shenanigans (Manigances boggartes)) ou des états (Favor of the Mighty (Faveur des puissants)). Les auras auront souvent des noms de compétences ou de potentiel magique (Triclopean Sight (Vision triclopéenne), Battle Mastery (Maîtrise de la bataille)), pour vous aider à vous représenter une créature enchantée qui acquiert cette nouvelle compétence.

Il y a bien sûr des exceptions et des décisions au cas par cas. Le nom de carte anglais Oblivion Ring (Cercle de l'oubli), par exemple, fait d'abord penser à un artefact. Si vous le lisez sur une liste de deck, et que vous n'avez pas vu le cadre blanc ou l'illustration du cercle brillant de poudre magique, vous pourriez penser que c'est un anneau que vous portez au doigt ('ring', en anglais, signifie à la fois 'anneau' et 'cercle'). En fait, nous avons choisi 'Ring' par défaut car au départ, nous avions la ferme intention d'utiliser le mot 'Circle'. Et cela nous amène tout naturellement à la raison d’élimination suivante.

5. Parce qu'il contredit une convention établie des noms des cartes de Magic

Dix-mille cartes, ça peut paraître beaucoup, mais devenir un expert es noms de cartes Magic est en fait bien plus facile qu'un novice pourrait le penser, tout simplement parce que les noms déjà attribués génèrent souvent des conventions d’utilisation applicables aux nouveaux noms.

Ici, je ne parle pas des conventions liées aux types de créature. Les Looming Shade, les Troll Ascetic et les Hypnotic Specter dépendent de conventions basées sur leurs mécaniques de jeu : les Ombres ont +1/+1 jusqu'à la fin du tour, les Trolls se régénèrent et les Spectres volent et ont une capacité de 'sabotage' de défausse. Ces problèmes sont généralement résolus dès la conception de la carte, avant même l'appel à candidature des noms. À ce stade, la carte de créature a déjà sa description pour que l'illustrateur nous dessine un troll, et les rédacteurs n'ont plus vraiment le choix du type de créature.

Non, je veux parler de conventions comme celles du Détrousseur. Merfolk Looter (Détrousseur ondin) a la même mécanique de jeu 'piochez un et défaussez-vous d'un' que Cephalid Looter (Détrousseur céphalide), Artful Looter (Détrousseur astucieux) et Looter il-Kor (Détrousseur il-Kor). Ces créatures sont de races différentes, mais toutes sont des Détrousseurs. Si une carte est illustrée par une créature qui pille un coffre au trésor mais qu'elle n'a pas la mécanique de jeu 'piochez un et défaussez-vous d'un', on évitera de l'appeler Détrousseur pour préserver cette convention.

Cercle suit un exemple similaire. Tout le monde sait ce que fait un Cercle à Magic — c'est un enchantement global blanc (jusque-là, tout va bien pour Oblivion Ring (Cercle de l'oubli) !) un côté défensif (on en est proche !) et une capacité activée qui empêche les blessures d'un certain type (damned !). Si on tient compte du nombre de Cercles dans le jeu (14) et de la spécificité de la tradition, nous avons été étonnamment consistants. Par conséquent, même s'il représente un cercle de protection et qu'il a un aspect défensif, Oblivion Ring (Cercle de l’oubli) n’avait pas une mécanique assez proche de celle des autres Cercles pour que le nom soit utilisé en anglais. Ironiquement, dans la version française de la carte, c’est le nom qu’on a utilisé parce que le terme prêtait moins à confusion qu'Anneau (Ring), qui obéit lui aussi à des conventions similaires et s'accorde plus à des artefacts. Comme quoi, ce qui fonctionne dans une langue ne fonctionne pas toujours dans une autre...

6. Parce qu'il fait référence à un mot-clé et qu’il pourrait prêter à confusion

Une carte ne devrait pas utiliser un mot-clé dans son nom sans bonne raison.

Riftmarked Knight
Le bloc Spirale temporelle a été particulièrement compliqué dans ce cas de figure, à cause de la quantité d'anciens mots-clés (et de nouveaux, dans Vision de l'avenir) qu’il présentait. Riftmarked Knight (Chevalier marqué par les failles) devait au départ s'appeler Riftshadow Knight (Chevalier des failles de distorsion) — le terme convenait parfaitement à la dualité blanche/noire de la carte, et suggérait un intéressant concept pour une faille temporelle. Mais comme la carte n'avait pas la distorsion, et qu'un certain nombre de créatures du bloc l'avait, dont des petites créatures blanches très similaires à Riftmarked Knight (Chevalier marqué par les failles), cela risquait de provoquer des confusions.

Nous avons eu droit à ce que j'appelle le ‘Dilemme-on-appelle-ça-quoi’ régulièrement dans le bloc Spirale temporelle. Quand une carte est principalement définie par sa mécanique mot-clé, mettre ce mot-clé dans son nom ou non est toujours délicat. Le nom de Dragonstorm (Orage de dragons) est parfaitement adapté — c'est un sort qui crée une véritable tempête de dragons et son nom vous indique aussi exactement ce qu'il fait (c'est une carte avec le déluge qui vous balance des dragons). Quand c’est possible, comme dans ce cas, nous essayons de garder un lien direct entre le nom de la carte et sa fonction, même si parfois, nous avons recours à des synonymes et à d’autres subtilités de langage. Mais si vous avez beaucoup de cartes avec la même mécanique mot-clé, cela devient répétitif et personne ne peut se rappeler quel nom correspond à quelle carte. Pour cette raison, Wing Shards (Échardes d'ailes) n'a pas été appelé Déluge d'échardes, et Tendrils of Agony (Vrilles d'angoisse) n'a pas reçu le nom de Déluge de vrilles (ou Déluge d'angoisse). De plus, à force, on court le risque d’avoir un nom qui devienne trop évident, trop générique et sans saveur. Un piétineur 3/3 ne deviendra jamais Éléphant piétineur, tout simplement parce que la carte, dans son concept, ne représenterait pas un éléphant piétineur. Mais même si c'était le cas, nous ferions en sorte d’incorporer l'ambiance du monde ou de donner une identité plus créative à la créature plutôt que la caractériser uniquement par un mot-clé. Au minium, on ouvrirait un dictionnaire avant de rentrer son nom dans notre base de données.

Tous ces problèmes réunis forment le premier aspect du ‘Dilemme-on-appelle-ça-quoi’ : on n'utilise pas toujours le mot-clé dans les noms des cartes qui ont ce mot-clé.

L'autre aspect de ce dilemme est que vous n’utiliserez pratiquement jamais un mot-clé dans le nom d'une carte qui ne l’a pas. Il serait étrange d'appeler une créature Éléphant piétineur s'il n'avait pas le piétinement, ou un artefact Anneau de protection sans lui donner une capacité de protection.

Du coup, le Dilemme bloque l'utilisation de certains mots-clés. Un excellent mot comme 'déluge' n’apparaîtra pas sur la plupart des cartes non-déluge, et ne sera pas non plus utilisé sur beaucoup de cartes qui l’ont. (C'est pourquoi nous choisissons nos mots-clés, ou que nous les traduisons en français, après mure réflexion : pour nous donner plus de flexibilité. Mais ceci fera l'objet d'une autre chronique.)

Parfois, nous nous montrons vraiment créatifs pour jouer avec cette convention. Un de mes noms préférés dans Vision de l'avenir, c’est certainement Storm Entity (Entité d'orage) — la carte n'a pas la mécanique de déluge, mais elle a une capacité très similaire à celle du déluge. De plus, Storm Entity (Entité d'orage) a parfaitement sa place dans un deck de cartes avec le déluge (dans la version française, on a utilisé un synonyme de déluge parce que le terme ne fonctionnait pas vraiment). Le plus amusant, c'est que si vous fouillez dans Gatherer avec le mot-clé "storm" (en supposant que vous cherchiez dans les noms de carte et les textes de règle), vous trouvez Empty the Warrens (Évacuation des terriers), Ignite Memories (Embrasement des souvenirs) et Storm Entity (Entité d'orage), trois cartes qui se combinent parfaitement dans le même deck, alors qu’elles n’ont pas toutes le mot-clé.

7. Parce qu'il utilise un bon mot qu'on veut garder pour plus tard

Goblin_SoothsayerNous avons la ferme attention de continuer de publier Magic le plus longtemps possible. Selon mes calculs, cela veut dire qu'il nous faudra... (*compte sur ses doigts*) beaucoup de noms de carte. Comme nous l’avons vu, des mots tels que Cercle et Détrousseur peuvent facilement établir des précédents pour des conventions de noms, alors nous devons en sorte de ne pas bloquer nos efforts futurs en utilisant un mot qui pourrait similairement créer une règle involontaire. Par exemple, nous avons intentionnellement évité d'utiliser le mot Annonciateur dans Vision de l'avenir pour nous assurer d'avoir une bonne convention de nom pour les Annonciateurs tribaux de Lorwyn. (Llanowar Empath (Empathe de Llanowar) a bien failli s'appeler Annonciateur de Llanowar pendant quelques temps.)

Cependant, nous ne sommes pas des devins, alors on ne peut pas toujours regarder dans l'avenir pour savoir à l'avance quels noms nous allons utiliser dans des extensions futures. Alors vous rencontrerez quelques inconsistances de temps en temps, et parfois même, nous n’aurons pas vraiment le luxe d’éviter un nom pour une carte. De toute façon, avoir deux cartes très différentes avec le même mot dans leur nom, ce n'est pas la fin du monde, surtout quand quelques années séparent leur parution. Mais nous gardons quelques termes en réserve, à l'abri des éléments, pour que leur impact soit encore plus important quand ils seront enfin révélés au grand jour.

8. Parce qu'il il entre en conflit avec les détails ou l'ambiance du monde

Pour moi, un des facteurs les plus importants dans le choix d'un nom est l'ambiance du monde. Le guide stylistique du bloc nous aide beaucoup — il ne sert pas seulement aux illustrateurs, mais aussi aux rédacteurs qui créent les noms des cartes. Le guide établit l'histoire et la structure détaillée du monde pour inonder les rédacteurs de mots qu'ils peuvent utiliser dans les noms des cartes et les textes d'ambiance, et pour les aider à déterminer si les noms qu'ils vont choisir seront appropriés ou non.

Lorwyn a une atmosphère légère et bucolique de conte de fée, alors des noms comme Boggart Shenanigans (Manigances boggartes) ou Hurly-Burly (Tohu-bohu) sont plus appropriés ici que dans un autre bloc. D'un autre côté, Helldozer (Excavenfer) et Shrieking Grotesque (Hurleur grotesque) n'y auront pas leur place. Ce sont des noms fabuleux, mais ils ne correspondent pas au feeling que nous essayons de créer. Deathrender (Arrache-mort) est un exemple de nom de carte qui est resté sur la corde raide pendant un petit bout de temps. Il était un peu trop 'hard' pour Lorwyn, mais il pouvait encore passer dans le bon contexte, et j’aime assez ce qu’il apporte de pêchu à une épée magique pour l'extension.

9. Parce qu'il est imprononçable ou trop obscur

Timber Protector
C'est la dernière règle de la liste parce que c’est le cas qu’on rencontre le plus rarement. Nous évitons bien entendu les noms qui sont imprononçables, ou qui utilisent des mots qui ne voudraient rien dire pour le lecteur. Mais de temps en temps, nous aimons prendre des risques littéraires et en fait, n'importe quel mot qui a sa place dans un dictionnaire est utilisable (voir la série Lexique des Arcanes de Magic pour des exemples de mots obscurs dans des noms de carte). Lorwyn a "Merrow Reejerey", un mot gallois qui signifie 'chevalier' ou 'roi', et 'cenn' et 'clachan' sur les cartes sangamies. Ce ne sont pas des mots anglais, mais le lecteur moyen devrait pouvoir les prononcer sans aucun problème, alors nous avons décidé de les utiliser.

Mais certains mots étaient de fausses bonnes idées. Par exemple, le nom de départ de Timber Protector (Protecteur du bois) était Noble taoiseach, un mot irlandais signifiant un 'chef' (qu’on utilise pour le premier ministre d'Irlande, d'ailleurs). ‘Taoiseach’ est un mot magnifique, mais la plupart des joueurs de Magic anglophones n'auraient pas su le prononcer correctement (quelque chose comme 'tee-shok' ou 'tee-shek' — veuillez excuser ma diction d'Américain moyen). En fait, peu de gens parviendraient même à trouver une prononciation proche de la réalité sans faire de recherches. Notre test officieux, c'est toujours de nous demander si une personne hésitera en lisant à haute voix 'Je lance [nom de carte].' Si c'est le cas, c’est une indication que le nom candidat est trop compliqué, et il est le plus souvent éliminé.

Mais une fois encore, nous aimons étendre le vocabulaire des joueurs de Magic en leur faisant découvrir des mots peu usités. Dans la version française, nous avons parfois recours à l’ancien français pour enrichir l'ambiance du jeu. Nous recevons beaucoup de courrier pour nous dire que vous adorez la richesse du vocabulaire de Magic, et qu'il vous aide parfois en cours et pendant vos tests. Je sais que je n'avais jamais utilisé le mot Extirpate (Extirpation) dans une conversation avant qu'il n'apparaisse dans Chaos planaire. 'On dirait que les gens qui ont acheté la propriété à côté ont enfin procédé à l'extirpation du restant de béton des fondations.' Joli, non ?

Le bout du chemin

Une fois qu'un candidat a survécu l’ensemble des tests de cette liste, il y a de bonnes chances qu’il devienne le nom officiel de la carte. Cependant, même une fois approuvé par notre équipe, son apparition dans un booster n'est pas assurée : il doit encore passer entre les mains de l'équipe de rédaction et, dans certains cas, les traducteurs nous font part de leurs doutes quand ils posent un problème culturel imprévu (insulte dans leur langage, connotation politique ou religieuse). Bref, le nom peut encore être éliminé pour d’autres raisons et dans ce cas, il ne nous reste plus qu’à recommencer à zéro. Mais ces quelques règles sont vraiment celles qui régissent la vie ou la mort d'un nom de carte la plupart du temps.

Si vous voulez bien m'excuser, je dois maintenant assister à l'exécution de quelques centaines de noms pour une extension à venir.

Traduction Bruno Billion

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