Du Lait et des Biscuits Avec Jesper Ejsing

Posted in Feature on 23 Avril 2008

By Wizards of the Coast

Les ténèbres sinistres de Sombrelande sont désormais sur nous, et j’ai pensé que cela serait une excellente opportunité pour ressusciter ‘Du Lait et des Biscuits’, la série d’entretien de Matt Cavota avec les artistes de Magic. Le plus important dans la transmission du passage de l’éternel solstice d’été de Lorwyn Lorwyn au crépuscule éternel de Sombrelande fut le ton des illustrations. Un artiste qui a débuté son travail sur Magic durant Lorwyn Lorwyn est rapidement devenu l’un de mes préférés toute époque confondue, et fut critique dans l’illustration de ce changement de ton. Il travaille déjà sur des œuvres pour le bloc Les éclats d'Alara, et je suis sûr qu’il sera l’un des piliers des illustrations de Magic pour de nombreuses et futures extensions.

Aidez moi à accueillir l’artiste Jesper Ejsing!

DB : Pour commencer, dis m’en plus à ton sujet. À quoi est-ce que cela ressemble d’être Jesper Ejsing ?

Jesper EjsingJE : Je suis un Viking danois – vous savez, comme les gars barbus de l’extension Ère Glaciaire. Les berserkers fous qui ont conquis l’Angleterre, brûlé et pillé le reste de l’Europe ? Je suis exactement comme ça, sauf pour la barbe, le coté frénétique et la pyromanie… Et je passe la majorité du temps dans un studio devant de ma table à dessins ou un ordinateur. J’ai des lunettes vraiment très épaisses et j’en ai d’autres encore plus épaisses pour voir les détails lorsque je peins. Mon dos me fait mal lorsque j’essaye de soulever des trucs et je m’essouffle lorsque je dois monter des escaliers… Et j’ai le visage d’une fille de quatorze ans, mais à part tout ça je suis tout à fait un berserker Viking. J’ai même des armes et armures de jeu de rôle grandeur nature au studio… Donc n’essaye rien contre moi.

Je vis à Copenhague, au Danemark. J’ai une femme nommée Lea. Elle est éditrice de livres et auteur. Nous avons un fils nommé Asbjørn (ce qui veut dire ‘dieu des ours’ en danois) et nous allons très bientôt avoir un autre fils.

Nous vivons en plein centre ville où se trouve mon café et mon traiteur préférés. J’essaye vraiment d’être un snob cosmopolite, mais en réalité je passe mon temps à dessiner et mes vêtements à la mode finissent usés ou couverts de peinture. Donc pourquoi n’embêter avec ça ?

Je partage un studio avec dix autres artistes. On s’appelle Pinligt Selskab (qui se traduit en : Société Embarrassante). Je joue à des jeux de rôle une fois par semaine avec mon cher frère pour maître de jeu – les mêmes gars et le même système de jeu depuis 15 ans. Dans mon soi-disant temps libre j’écris des livres. J’en ai écris quelques uns mais pour le moment ils n’ont été publiés qu’en danois. Ils traitent bien sûr tous de fantaisie.

DB : Ha ha, je vois que tu es vraiment un fan complet de fantaisie, excellent ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir un artiste ? Et qu’est-ce qui t’a amené spécifiquement à devenir un artiste de fantaisie ?

JE : J’ai commencé enfant en dessinant presque uniquement des oiseaux. J’étais très intéressé par l’observation des oiseaux. Donc j’ai dessiné tous ces oiseaux rares. J’ai gagné une paire de concours – pas grand-chose, mais malgré tout avec des lots. Juste une paire de jumelles et des trucs, mais admets le – si vous donnez à un enfant des lots il va continuer à suivre cette voie pour gagner d’autres récompenses. Donc j’ai plus ou moins continué à dessiner pour gagner plus de trucs.

Mais pendant des vacances de Noël je me rappelle avoir été à la maison d’un ami pour jouer à un nouveau jeu qu’il avait reçu pour Noël. C’était la Boîte de Base de D&D. Je l’ai feuilletée et je me suis arrêté sur un clerc de Larry Elmore et j’ai pensé : ‘C’est ce que je ferais comme métier.’ Je le savais. On a commencé à jouer et très rapidement après j’ai commencé à faire des illustrations de mes personnages pour les montrer aux autres joueurs. Ils m’ont alors demandé de faire également des portraits des leurs, et tout d’un coup je me suis retrouvé à illustrer des magazines amateurs de jeux de rôle, et voila. J’étais un artiste de fantaisie.

Hunter of Eyeblights
Illustration de l’Hunter of Eyeblights (Chasseresse de dysmèles) par Jesper Ejsing

Ce qui m’attire le plus dans la fantaisie est la possibilité qui m’est donnée d’inviter des gens dans un monde qui n’existe que dans ma tête. Mais avec seulement du papier, de la peinture et des pinceaux (et disons une semaine environ) je peux les y amener.

... ou bien c’est peut être que j’ai toujours eu un accès libre à des crayons. Mon père est un architecte, donc des fournitures artistiques et des critiques constructives étaient toujours à portée.

DB : Depuis combien de temps travailles-tu comme artiste ?

JE : J’ai fait mes premiers vrais boulots au lycée et ma première couverture de livre quand j’avais 18 ans. Mais je suppose que tu veux dire en tant que professionnel ?

Je suis allé à l’université pendant quatre ans pour étudier la littérature et l’histoire de l’art, mais à la même époque, j’étais en mesure de gagner de quoi vivre de mes œuvres, donc j’ai laissé tomber et j’ai coupé au rêve éducatif de ma famille.

Pour éclaircir ce choix d’orientation dément, je dois vous dire que l’éducation est gratuite ici au Danemark. En fait le gouvernement vous paye pour aller au lycée et à l’université. Ils vous payent afin que vous n’ayez pas besoin d’avoir un boulot à coté et que vous puissiez vous concentrer sur vos études. Mais il y a une astuce : si vous gagnez trop d’argent à coté, ils veulent que vous leur rendiez l’allocation qu’ils vous avaient versée. Arrivé un certain moment j’ai du choisir entre rendre l’argent ou cesser de faire des illustrations contre de l’argent. Ce n’était pas vraiment difficile : rester assis pour la journée à lire des livres de théorie et faire des devoirs ou rester toute la journée à dessiner, peindre et jouer à la PlayStation. J’ai choisi la PlayStation – je veux dire l’art bien sûr.

C’était il y a 12 ans.

DB : Parlons de tes influences artistiques. Qui sont tes artistes préférés, à la fois dans et en dehors de l’art de fantaisie ?

Glamer_SpinnersJE : Mon premier travail vraiment bien payé fut la colorisation d’une bande dessinée nommée Valhalla, la bande dessinée se vendant sans conteste le mieux au Danemark. Ce fut également le travail qui m’a vraiment fait rejoindre le coté obscur des illustrations et le travail qui m’a fait arrêter mes études d’histoire de l’art.

J’ai tellement appris en coloriant les bandes dessinées. Et Peter Madsen – le dessinateur de la bande dessinée – m’a tellement appris sur la façon dont rendre une image immédiatement lisible pour le public grâce aux couleurs. Il est vraiment une grande source d’inspiration.

Mon artiste préféré entre tous en dehors du genre de la fantaisie est P.S. Krøyer. C’est un impressionniste danois. Je l’aime et je le déteste. L’aime parce qu’il a un talent incroyable et le déteste parce que quoi que je fasse, quelque soit mon entraînement et mes efforts pour m’améliorer, je ne serais jamais aussi bon. Quand j’y pense cela me donne presque envie de cesser de dessiner et de me reconvertir.

Mon inspiration initiale, et la personne qui a formé ma compréhension de la fantaisie, a toujours été Frank Frazetta. J’ai aussi une place dans mon cœur pour une artiste française nommée Claire Wendling. La puissance de ses croquis et les résultats finaux fantastiques de ses œuvres me font me sentir à nouveau comme un débutant.

Bien sûr, nombre de mes artistes préférés sont aussi des artistes Magic. J’adore ce que fait Jim Murray. Etant tout comme lui un peintre à l’acrylique je peux vraiment apprécier les détails de sa technique et tout aussi facilement repérer toutes les choses qu’il fait bien mieux que moi. Paul Bonner a eu une grande influence sur moi, principalement en partageant ses œuvres et ses pensées avec moi.

J’ai également une pensée pour Kev Walker. J’ai toujours voulu lui poser des questions à propos de son œuvre et j’ai déjà préparé 68 questions, donc si l’un d’entre vous ici a son adresse courriel ou vit près de son studio, s’il vous plaît dites le moi.

DB : Ecoute, on a tous quelque chose pour Kev Walker. Peut-être que tu pourrais un jour organiser un Du Lait et des Biscuits avec Kev. Mais revenons-en à toi, petit artiste. Quel média ou processus artistique utilises-tu ?

JE : J’utilise de l’acrylique sur un tableau à l’aquarelle. Une image commence d’habitude avec croquis dans des vignettes. J’en fais de nombreuses avec des formes presque abstraites. Je finis avec une poignée d’approches différentes de l’illustration et je choisi celle qui a l’air l’image la plus forte. Les vignettes sont principalement des croquis très primaires avec des éléments sans visage ou détail, mais seulement une silhouette en mouvement. Je transforme une vignette en un croquis plus clair quand nécessaire.

Croquis variés

Avant de soumettre le croquis j’ajoute certains tons de gris pour capturer l’ambiance et la lumière.

Fonctionnement du travail de JesperPuis je transfère tout sur un tableau en frottant le dos du dessin avec de la poussière de graphite et en appuyant toutes les lignes avec un crayon. De cette façon j’ai l’image imprimée depuis le papier sur le tableau. C’est la partie de mon travail qui pue le plus. Je n’ajoute absolument rien ; j’agis simplement comme une photocopieuse, et une très mauvaise qui plus est.

Puis j’encre le croquis transféré avec un stylo et ajoute des tons de gris et de noirs. En fait c’est comme si je finissais la peinture en noir et blanc.

Puis je prends un Xerox du blanc et noir et je fais un essai de couleurs. La plupart du temps j’ai une idée claire de ce que seront les couleurs, mais parfois je fais jusqu’à 8 ou 10 schémas de couleurs différents avant de choisir lequel est le bon pour l’image. Je pense que les tests de couleurs me sont très utiles, étant un artiste traditionnel. Sur le Xerox j’ai le droit à l’erreur et à la liberté, et j’utilise bien plus de contraste et de couleurs vives que je ne le ferais sur l’original. Quand je commence sur l’original j’ai déjà les tests de couleurs pour me prouver que je peux le faire et je ne reviens plus sur mes pensées à ce sujet. Je me leurre moi-même de cette façon.

Quand je commence à peindre l’image, je fais un léger lavage sur l’image entière pour accorder le noir, la couleur qui sera majoritaire sur l’image. Puis je masque le sujet avec un film pochoir. C’est un film transparent qui colle au papier. Tu peux alors découper avec un scalpel autour des parties que tu veux masquer et retirer le reste. Le sujet étant masqué par le film, je peux utiliser des coups de pinceaux très frais et grossiers sur l’arrière-plan. Cela ajoute à la profondeur de l’image.

Une fois l’arrière plan fini je retire le film et je peins le sujet. Je n’ajoute de la peinture qu’aux zones qui vont être éclairées. Toutes les zones d’ombres restent telles que je les ai faites dans les tons gris et colorés du début. Donc cette étape consiste principalement à remplir les blancs. Regardez la queue du personnage. Elle est presque exclusivement issue de l’étape de grisage avec un ton bleu et un léger soulignage.

J’utilise parfois des modèles pour avoir des références sur les poses, les mains ou la lumière. Être assis dans un studio avec beaucoup de compères artistes rend tout cela plus facile. Quand j’ai fait l’illustration du Changeling Titan (Titan changelin) j’ai demandé à mon ami Emil Landgreen de m’aider et il posa pour moi avec une lampe presque sur le visage. (Voyez l’image.) Je n’avais pas vraiment besoin qu’il ait l’air stupide, mais c’était une vengeance pour la dernière fois où j’ai du poser pour lui. Il m’avait fait m’habiller dans une jupe en tant que modèle pour une elfe. Il a fini par envoyer la photo de moi habillé en fille, posant avec les hanches sexy et tout, à l’une de mes éditeurs. Elle l’a maintenant accrochée à son bureau. Désormais je pose pour presque toutes les filles des couvertures d’Emil. Je me demande pourquoi.

Emil Landgreen posant pour le Titan changelin

Mon astuce la moins connue est l’utilisation d’une brosse à vaporiser, mais ne contenant que de l’eau. Pas de peinture. Je l’utilise pour vaporiser les parties humides tout en peignant pour les empêcher de sécher trop vite. De cette façon je peux travailler sur de nombreuses et vastes zones de peinture simultanément et les mélanger.

Parfois j’utilise une vielle brosse à dents pour des effets d’éclaboussures – comme sur les falaises. Ils ajoutent de l’aléatoire à l’image ce qui est difficile à obtenir d’une autre façon. Je dois avouer que je suis un petit peu nerveux à l’idée d’éclabousser un tableau parfait avec une brosse à dents, parce que tu ne sais jamais ce que tu vas avoir. J’ai un chiffon humide à portée lorsque je le fais.

Je passe à peu près trois jours sur un tableau. Un pour les croquis et un pour le transfert, les corrections et les essais de couleurs, et un pour la peinture. Parfois je fais tout tenir en deux jours, durant lesquels j’échange le sommeil et les repas contre de l’expresso et du rap bien fort.

DB : C’est tout moi durant les deux jours précédant l’envoi de mon article Le Goût de la Magie… hum. Donc, où pouvons-nous voir tes œuvres ?

JE : Vous pouvez consulter mon site internet (www.jesperejsing.com). La plupart des couvertures que j’ai faites sont pour des livres danois et ne seront pas connues hors de mon petit pays.

DB : Excellent. Hé, lecteur ! Si vous voulez en apprendre plus sur les œuvres de Jesper, soyez certains de regarder ce site internet. Vous pouvez y trouver une galerie de ses travaux sur Magic, et une vidéo cool qui montre son processus artistique.

Mais assez de digressions. Voici une question sur un sujet que nombreux joueurs de Magic aiment connaître à propos des artistes. Jesper, est-ce que tu sais jouer à Magic ?

JE : Oh ouais, j’ai commencé quand tu pouvais encore acheter des recharges Arabian Nights. Je me rappelle le choc quand le magasin fut en rupture et nous dit qu’il n’y en aurait plus. À l’époque mon deck était composé de toutes les cartes que je possédais. J’avais un Sengir Vampire (Vampire sengien) et cinq Précepteurs diaboliques pour me le chercher.

J’ai fais une longue pause de jeu quand j’ai déménagé à Copenhague, mais maintenant j’ai repris l’habitude de construire des decks. Ma carte préférée est Tradewind Rider (Chevaucheur des alizés).

DB : Quelles furent tes toutes premières illustrations Magic ?

Lignify

JE : Lorwyn fut la toute première extension à laquelle j’ai contribué. J’ai fait sept illustrations pour cette extension. La première que j’ai peinte était Lignify (Lignification). Je me rappelle la difficulté pour obtenir le très joyeux soleil brillant combiné à la destruction et au confinement difforme. J’aime tout simplement le monde de Lorwyn. Peut-être est-ce à cause de son style si européen.

DB : Et je trouve que tu as très bien porté ce style dans le monde lugubre de Sombrelande. Parmi tes œuvres Magic de Sombrelande, mes préférées sont : Ballynock Cohort (Cohorte de Damnejonc) et Boartusk Liege (Noble féal de la Hure). Peux-tu nous décrire la façon dont tu t’y es pris avec ces deux pièces ?

JE : Pour le Boartusk Liege (Noble féal de la Hure), j’ai fait tellement de croquis de cet horrible porc pour qu’il soit correct. Mon problème était le suivant : s’il ressemblait trop à un sanglier sauvage réaliste il aurait été ennuyeux, mais d’un autre coté il ne devait pas ressembler à un monstre car sinon cela aurait détourné l’attention du cavalier. Voici le croquis qui m’avait contenté :

Croquis du Noble féal de la Hure

On dirait une version cochon/gobelin du Deathdealer de Frazetta.

Mes réflexions sur le cavalier m’avaient poussées à penser qu’il devait également avoir des défenses comme sa monture. Vous savez, comme un chien ressemblant à son maître – ou bien est-ce l’inverse ? Également, à la même période, Todd Lockwood m’a conseillé d’essayer de mettre plus de couleurs dans mes zones sombres, pour leur donner plus de réalité et ne pas être simplement noires et plates. C’est pourquoi le cochon a une lumière grise sur son dos. Depuis cette peinture j’ai tenté de suivre cette idée.

Boartusk Liege
Illustration du Boartusk Liege (Noble féal de la Hure) par Jesper Ejsing

Pour la Ballynock Cohort (Cohorte de Damnejonc), j’ai simplement voulu faire un puissant portrait du sujet. J’ai essayé différentes poses dont certaines plus orientées vers l’action, à la fin j’en ai choisi une qui montrait l’intégralité du sujet et tout son équipement. Pour maquiller le manque d’action de la pose j’ai essayé de concentrer le regard sur le visage.

Essais de couleurs pour la Cohorte de Damnejonc

C’est l’une des images où j’ai effectué de nombreux essais de couleurs. J’ai finalement opté pour le ton brun orangé, à la place des bleus. Je voulais que ce soit une couleur chaude pour l’ambiance d’une carte blanche. J’ai utilisé la bannière d’apparence décorative en tant qu’élément composant pour donner vie à l’arrière plan. D’habitude j’ajoute des oiseaux en vol (voyez la Lignify (Lignification)) ; ils sont un bon moyen de représenter une scène en mouvement, un moment capturé comme sur une photographie. Mais la bannière ondulante eut le même effet.

Essais de couleurs pour la Cohorte de Damnejonc

Les couleurs sont vaguement basées sur une image du film Sleepy Hollow - La légende du cavalier sans tête de Tim Burton. Le truc lorsque l’on effectue des peintures monochromes est de résister à l’envie constante d’utiliser différentes couleurs.

Essais de couleurs pour la Cohorte de Damnejonc

Ballynock Cohort
Illustration de la Ballynock Cohort (Cohorte de Damnejonc) par Jesper Ejsing

DB : Génial ! Desquelles de tes illustrations Magic es-tu le plus fier ?

JE : Je suis très fier du duo boggart, le Tattermunge Duo (Duo de Croquemiette). Selon la description de l’illustration, l’un devait être un combattant et l’autre un shamane. J’aime la façon dont ils sont vraiment différents l’un de l’autre. Le gars fort est clairement trop bestial et idiot pour aller loin de lui-même, et le petit avec le cerveau n’a tout simplement pas les muscles pour faire la différence. Mais ensemble ? ‘Tu as le corps et j’ai le cerveau.’

Illustration du Duo de Croquemiette par Jesper Ejsing (cliquez pour agrandir)

Voyez les marques rouges des plaies là où l’armure du grand est clouée dans sa chair. J’ai eu un rictus à la vue de mes propres pensées déviantes lorsque je les ai ajoutées… C’est l’une des très rares fois où une image fut issue d’un déclic et où tout a marché du premier coup. Celle-ci a presque glissé d’elle-même hors du pinceau sans que je ne l’interrompe de trop.

Les techniques de travail de Jesper

Mon autre favori est l’Inkfathom Infiltrator (Infiltratrice d’Encrebrasse). Normalement lorsque vous faites ce genre de portraits de fantaisie vous avez tendance à montrer le sujet dans une pose héroïque et assurée, ou menaçant de leur arme. J’ai dessiné une pose dans laquelle je voulais qu’elle donne l’impression qu’elle glissait rapidement dans l’eau – quelque chose comme les aliens de Crisis. J’ai zoomé et ai laissé l’arme disparaître hors du cadre pour ajouter à l’effet prise de photo instantanée.

Les techniques de travail de Jesper

Je me suis amusé lors du choix d’un corps d’anguille au lieu de la classique queue de poisson. Il y a dans la rivière Amazone ce genre d’hybrides entre des anguilles et des poissons auxquels j’ai tenté de la faire ressembler. J’aime cette image car elle a des éléments forts parmi ceux que j’essaye de placer dans une image : une composition forte, une pose dynamique, un concept intelligent, et de la profondeur aussi bien dans le dessin que dans le coloriage. Le coloriage monochrome, je trouve, a un moyen de simplifier tout ça sans trop déranger l’œil.

Les techniques de travail de Jesper

Également, faire une image dans une seule sorte de palette de couleurs rend bien plus facile la combinaison des couleurs sur la palette. Tu te retrouves à chercher la simplicité quand tu es un artiste. Je ne pense pas que quoi que ce soit dans le travail artistique soit facile. Dès que je me sens à l’aise dans certains domaines les compétences que je viens d’acquérir me font simplement remarquer toutes les choses dont je manque. Être un artiste, c’est comme escalader une montagne infinie dans la brume. Tu ne peux jamais voir le sommet, mais seulement une paire de mètres au dessus de toi à un moment donné… et il y a tellement de brouillard que tu peux t’être retrouvé à avancer sur le coté pendant la dernière paire d’années… et l’équipement que tu as pue et il n’y a personne pour t’aider et… j’ai juste ruiné une parfaite métaphore, non ?

DB : Non, ça sonnait juste à mes oreilles. Merci un zillion de fois, Jesper, pour avoir pris le temps de creuser dans les entrailles de ton travail et de ta passion, et pour nous avoir embarqué à bord !

La Lettre de la Semaine

Aujourd’hui la lettre de la semaine vint avec (une URL Photobucket vers) une aide visuelle !

Hé Doug,
Un de mes amis m’a demandé de lui expliquer la différence entre Sombrelande et Lorwyn. Comme je venais d’avoir un coup de soleil intéressant quelques heures auparavant, j’ai marqué sur la zone de couleur normale ‘Lorwyn’ et sur la plus sombre et plus douloureuse ‘Sombrelande’, mais il n’a pas eu l’air d’adhérer. Ai-je un meilleur moyen de lui expliquer ?
– Marcus G.

Aie. Marcus, tu es peut-être sur la piste de quelque chose. Est-ce que Lorwyn a été si exposé à la lumière du soleil éternel qu’il est devenu le douloureux et picotant monde de Sombrelande ? Est-ce que le plan tout entier est en réalité l’avant-bras d’un être de taille cosmique mais cependant sensible aux ultraviolets ? Est-ce que l’Aurora aurait pu être prévenue avec la simple application d’un peu de SPF-50 ? Ou bien est-ce que mon choix de cette question s’est presque entièrement basé sur l’inclusion de l’image pleine d’ambiance, pertinente, et cependant pour tout public ? Ce sont des questions auxquelles seuls les sages peuvent répondre.

Mais hé, c’est mon article, donc voici mon opinion.

’Non, mais oui.’ Littéralement, non, la transformation de Lorwyn en Sombrelande n’a rien à voir avec un coup de soleil. Sombrelande n’est pas le résultat d’une surexposition du plan à la lumière, pas plus qu’il n’est une région légèrement différente du même monde – c’est la transformation complète d’un monde entier. Mais en termes métaphoriques, c’est une image très envoûtante. Seules quelques créatures de Lorwyn se rappellent encore le monde imbibé de soleil – la reine des færies Oona, l’héroïne sangamie Brigid, et la jeune pousse de Colfénor, pour en nommer quelques uns – mais toutes les créatures de Sombrelande ressentent la douleur de vivre sous un crépuscule constant. Elles peuvent ne pas savoir que le monde fut autrefois vert et parsemé d’une beauté de contes de fées, mais ils comprennent cependant qu’il y a une blessure résiduelle dans ce monde, une douleur profonde qu’aucun baume ne peut apaiser. Les habitants de Sombrelande ne se rappellent pas avoir vécu sous le soleil du Monde d’Avant, mais ils doivent endurer les coups mornes d’un mal inexpliqué, bien longtemps après que leur patrie ait été recouverte par les ombres.

Traduction Émilien Wild

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