Instants de calme

Posted in Magic Story on 7 Décembre 2016

By Michael Yichao

Yichao is a writer of words for plays, television, theme parks, and—most recently—Magic: The Gathering. He loves Cube Draft and corgis.

Histoire précédente : « Au cœur de la nuit »

Si les Sentinelles sont restées sur Kaladesh, c’est pour déjouer les machinations du dangereux Tezzeret. Or, à cause de la politique répressive exercée par le Consulat, les Planeswalkers peinent à découvrir ce que complote précisément l’artificier, et, celui-ci s’étant emparé des rênes de l’État, nos héros se retrouvent plongés dans le conflit qui agite à présent ce plan, opposant groupuscules renégats et forces étatiques. Aujourd’hui, Gideon profite d’une accalmie entre deux échauffourées pour tenter de discerner où se situe la frontière fragile qui sépare l’assistance de l’ingérence.


Gideon gardait les yeux rivés sur sa tasse, pensif, surpris de constater que certaines coutumes étaient immuables dans tout le Multivers : on servait ici un kaapi chaud et mousseux, à la saveur et à la texture bien différentes du café ravnican que Jace semblait lamper à tous les repas quand les Sentinelles se retrouvaient dans son sanctuaire, mais ces deux boissons possédaient en définitive la même amertume et le même pouvoir tonifiant sur un esprit fatigué.

Enfin, il leva les yeux de son breuvage. Le petit café où il s’était installé offrait une vue imprenable sur l’esplanade majestueuse qui s’étendait devant lui et dont l’élégante architecture encadrait un ciel d’un bleu éclatant, parsemé de nuages spiralés. Une magnifique fontaine en constituait le point de mire. Gideon imagina cette place noire de monde, comme elle l’avait sans doute été en permanence avant l’instauration du couvre-feu, au contraire d’aujourd’hui, où seuls de rares passants la traversaient encore, d’un pas pressé, tête basse et les yeux braqués devant eux.

Pourtant, malgré la gravité de la situation politique, la ville de Ghirapur brillait toujours de mille feux.

Cela faisait des semaines que les Sentinelles rongeaient leur frein à Kaladesh, des semaines depuis leur affrontement avec Tezzeret, depuis le début de la répression et la saisie des inventions. Les Planeswalkers en avaient passé la majeure partie à se terrer, à fuir de refuge en refuge, à aider Pia et les renégats à chaque fois que possible et à tenter de s’informer sur les projets du Grand Juge.

Pourtant, Gideon ne savait pas vraiment pourquoi ils étaient censés intervenir.

Si Jace et Liliana semblaient réellement alarmés par la présence du Planeswalker artificier, ni l’un ni l’autre n’avait en effet pu lui expliquer précisément le danger que celui-ci représentait. Il est vrai que son immixtion dans la vie politique de Kaladesh et son usurpation du pouvoir préoccupaient grandement Gideon et justifiait que les Sentinelles menassent l’enquête. Toutefois, la collusion entre Tezzeret et les forces de l’ordre autochtones ainsi que les relations antagoniques entre le Consulat et les renégats rendaient la situation à tout le moins compliquée. Tant qu’il s’agissait de débarrasser Zendikar et Innistrad des Eldrazi et de la menace qu’ils faisaient peser sur ces plans, l’affaire était entendue, mais démantibuler les automates kaladeshis, affronter les hommes du Consulat qui ne cherchaient qu’à appliquer la loi…

Oui, c’était bien plus complexe.

Gideon prit une gorgée de café, un bon chef se devant de garder les idées claires, même au beau milieu de la confusion et de la violence du combat. Il doit également tempérer son envie d’en découdre et évaluer objectivement la situation telle qu’elle se présente. Il appréciait donc ce moment au plus haut point, cette accalmie depuis les escarmouches des derniers jours, et prit une profonde inspiration.

Il fallait se concentrer sur l’essentiel.

Si les Sentinelles se trouvaient sur Kaladesh, c’était pour déterminer l’ampleur de la menace que représentait Tezzeret et la neutraliser.

Gideon hocha la tête, car même cette justification n’était pas tout à fait objective. La vérité, il devait l’admettre, c’est qu’ils étaient venus là pour Chandra.

Du moins, c’était son cas à lui, comme le lui dictaient les règles de l’amitié.

Cependant, même si la découverte sur Kaladesh de la présence de Tezzeret n’était que fortuite, c’était néanmoins la raison pour laquelle les Sentinelles s’y attardaient à présent. En revanche, il ne fallait pas oublier qu’à l’origine, c’était pour Chandra qu’ils s’y étaient transplanés et que, si celle-ci y était restée, c’était pour sa mère, Pia. Si son groupe avait rejoint les forces renégates, c’était sous l’impulsion de ces deux femmes. « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis… » disait-on. Sans doute, mais les Sentinelles devaient-ils pour autant prendre parti dans ce qui n’était, somme toute, qu’un conflit local ? Fallait-il prêter main-forte aux rebelles de ce plan ou valait-il mieux épauler les autorités de Kaladesh, autrement dit Baàn et le Consulat, afin d’exposer au grand jour le risque que représentait Tezzeret même si Gideon n’avait toujours aucune preuve solide de ce danger, ni la moindre idée de sa nature ?

À l’inverse, comment envisager de collaborer avec Baàn dès lors qu’il connaissait le rôle joué par celui-ci dans l’ignominie perpétrée par le Consulat à l’encontre des parents de Chandra ? Bref, comment abandonner Pia et trahir la confiance de Chandra ?

Gideon repensa à sa jeunesse, à sa punition inique aux mains de ceux-là même qui prétendaient faire respecter la loi. Il se remémora la période passée sur Ravnica, alors qu’il avait placé sa hiéromancie au service de Boros et combattait pour la justice. De fait, il avait déjà souvent assisté au conflit opposant les forces dites « de l’ordre » à ceux qui refusaient de se soumettre à la loi et s’était retrouvé dans chacun des deux camps.

Plus que jamais, il se sentait indécis quant à la marche à suivre.

Un mécanoptère miniature vola à travers l’établissement, jusqu’à sa table. Gideon fronça les sourcils et tendit la main. L’appareil voletait au-dessus de sa paume ouverte. L’Éther qui parcourait ses tubulures émit trois pulsations : une longue, une courte, une longue, puis le drone repartit à tire-d’aile dans la lumière de l’après-midi. Gideon laissa échapper un soupir. Pia avait du nouveau.

L’accalmie venait de s’achever. Il avala le reste de son café, se leva, puis prit le chemin menant à l’hôtel particulier de Yahenni.


Plusieurs heures plus tard…

Il la trouva sur le toit. Durant un court instant, il crut que ses cheveux brûlaient, mais, s’approchant, il discerna que c’était le soleil qui donnait cette incandescence à ses mèches rousses. Elle était assise sur la balustrade courant au bord du toit, dos tourné, les pieds dans le vide. Il se posta près d’elle et posa lui aussi son regard sur la ville. Le toit-terrasse de Yahenni se situait à une hauteur qui lui permettait d’offrir une vue spectaculaire sur la cité. Gideon considéra d’ailleurs un instant, avec une admiration teintée de perplexité, la fortune qu’il était ainsi apparemment possible d’amasser au cours d’une existence pourtant si brève, mais la magnificence de Ghirapur l’arracha à ses réflexions. Un vaste réseau de rues et les imposants bâtiments adjacents s’étendaient face à eux. Les métaux dont ils étaient faits et le chrome qui les parait étincelaient dans la lumière déclinante du soleil, chatoyant des bleus de l’Éther, de plus en plus prononcés tandis que les ombres s’allongeaient.

« Ton monde est magnifique », commenta-t-il en s’appuyant sur la rambarde.

« C’était mon monde ; ça l’est peut-être encore, je ne sais plus », lui répondit-elle avant de se mordre la lèvre, les yeux fixés sur le panorama.

« Tu sais, avec toute cette agitation, c’est la première fois que j’ai l’occasion de vraiment le contempler, ajouta Gideon en ramenant son regard de l’horizon jusqu’à la rue pavée que la terrasse surplombait. Il est splendide, Chandra. »

Maussade, la pyromancienne lâcha : « Dommage que le décor soit gâché par toutes ces oriflammes du Consulat qui pendent de la moindre fenêtre où ils ont pu en accrocher. » Dans un geste d’impuissance et d’incompréhension, elle leva les mains au ciel pour ajouter : « D’ailleurs, comment sont-ils parvenus à en fabriquer autant en si peu de temps ? C’est inconcevable ! »

Gideon lâcha un soupir et tenta de l’apaiser : « Chandra… »

« Et toi, pourquoi es-tu resté silencieux durant tout le dernier conseil de guerre, à laisser ma mère parler et organiser les prochaines attaques des renégats sans jamais lui proposer notre aide ? l’accusa Chandra en se retournant pour le dévisager. C’était ce qu’on appelle un “silence assourdissant”, Gid. Nous sommes ici pour destituer le Consulat, et toi… »

« Non, ce n’est pas la raison de notre présence ici », l’interrompit Gideon avant de marquer une courte hésitation : devait-il la ménager ou bien lui parler franchement ?

Ses yeux croisèrent ceux de Chandra. Le regard qu’elle lui lança balaya ses doutes : mieux valait préférer la franchise, comme toujours.

« C’est pour toi que nous sommes ici. »

Une flammèche parcourut la chevelure de Chandra, et une onde de chaleur souffleta Gideon. « Ainsi donc, vous n’êtes venus que pour… Pour quoi, au fait ? Pour me sauver de moi-même, peut-être ? »

« Nous sommes là parce que nous tenons à toi, Chandra, lui expliqua Gideon en souriant avec calme et douceur, comme on s’adresse à un animal effarouché. Chacun d’entre nous a fait le serment de rester vigilant, c’est-à-dire, entre autres, de veiller les uns sur les autres, de nous entraider », déclara le mage avant d’afficher un air perplexe puis de poursuivre : « Même en ce qui concerne Liliana. Enfin, je crois. »

Chandra éclata d’un rire sincère bien que teinté d’amertume. « Alors pourquoi ne pas avoir pris la parole lorsque ma mère exposait son plan pour renverser le Consulat ? récrimina-t-elle. Si tu as pour devoir de m’assister, tu dois lui venir en aide, à elle aussi. Moi, je veux l’aider. Non, il faut absolument que je l’aide, et j’ai besoin de ton aide… pour l’aider. » Elle se mit à trépigner de frustration. « Enfin, tu vois ce que je veux dire, non ? »

Gideon enjamba le garde-corps et s’assit à côté de la jeune femme. « Mais oui, je comprends, Chandra. Nous voulons t’aider ; moi, je tiens à t’aider, mais la priorité des Sentinelles doit rester Tezzeret, pas le Consulat. »

Chandra se renfrogna et se récria : « Pourtant, Tezzeret, c’est le Consulat ! En tout cas, il l’est devenu, précisa-t-elle, et le Consulat mérite de finir en cendres ! »

Gideon hocha la tête, « Ne laisse pas ton désir de vengeance te détourner de ton devoir », l’admonesta-t-il.

Chandra fit face à Gideon, des éclairs dans les yeux, et lui lança : « Tu prétends devoir prendre fait et cause pour moi, Gid, mais qui s’exprime par ta bouche ? La Sentinelle ou bien l’ami ? »

Gideon ne put retenir un soupir. « Je… Je n’en sais rien. J’espérais qu’ils n’étaient qu’une seule et même personne. »

Un chapelet de jurons s’échappa des lèvres de la jeune femme avant qu’elle ne parvienne avec peine à les ravaler, pour finalement lâcher un hurlement de rage et lancer un jet de flammes vers le ciel crépusculaire. Gideon, incidemment, se fit violence pour ne pas lui reprocher vertement d’avoir pris le risque de révéler leur position.

Les deux Planeswalkers plongèrent dans le silence quelques instants.

Ce fut Gideon qui le brisa le premier : « J’ignore ce qui s’est passé exactement entre tes parents et le Consulat, et je ne suis pas au fait de tous les événements survenus sur Kaladesh, mais, moi, ton ami, je sais ne désirer rien tant que d’apaiser ta détresse et t’aider à obtenir justice. »

Un petit sourire s’afficha sur le visage de Chandra. Gideon le lui rendit, puis retrouva son sérieux. « Pour autant, il est hors de question d’incinérer tout le monde », acheva-t-il.

La pyromancienne leva les yeux au ciel. « Tu ne sais faire que ça : m’interdire d’incendier ceci ou cela », gronda-t-elle.

« Non, tu es injuste : parfois, il m’arrive de te dire à quoi tu peux mettre le feu ! »

Malgré elle, Chandra ne put s’empêcher de rire. « Toi et tes règles stupides ! » le taquina-t-elle.

Gideon eut un hochement de tête. « Je conçois qu’elles puissent sembler futiles, mais elles sont au contraire essentielles », commença-t-il avant d’embrasser la ville d’un large geste et de poursuivre : « Nous ne saurions nous transplaner de monde en monde pour nous mêler des affaires des uns et des autres, ni imposer notre jugement ou notre volonté car, ce faisant, ce qui nous distingue des mages criminels et despotiques s’estomperait dangereusement. »

 

Chandra s’étonna : « Ne me dis pas que tu es en train de paraphraser mon propre serment ! » s’exclama-t-elle.

Le guerrier accompagna sa réponse d’un sourire goguenard : « Peut-être as-tu quelque influence sur moi. »

Chandra éclata d’un rire sonore et narquois : « Pour un soldat respectueux des lois et indestructible, tu réfléchis beaucoup ! »

« Quant à toi, pour un incendie ambulant, tu sais faire preuve de compassion et de générosité ! Ce ne sont pas uniquement nos pouvoirs qui nous définissent, Chandra. »

La jeune femme observa ses mains. De petites étincelles dansaient le long de ses doigts. Gideon leva les siennes, la gauche caressant le sural attaché à son poignet.

« J’ai appris à quel point il est important de connaître et de s’imposer des limites, faute de quoi, on porte soi-même et on fait porter à ses proches le poids de son arrogance. »

Les questions se bousculèrent dans les yeux de Chandra. Gideon prit une profonde inspiration et tenta d’ouvrir son cœur, de partager l’histoire qu’il n’avait jamais encore confiée à personne, mais son passé, lourd et ineffaçable, lui pesait au creux de l’estomac. Tous deux s’assirent, et un silence crispé s’installa, tandis que le soleil plongeait derrière l’horizon. Alors que disparaissaient ses derniers rayons, Gideon sentit la main de la pyromancienne se poser sur son épaule. Il sourit à l’idée qu’elle venait de reproduire un geste dont il était lui-même coutumier.

« J’ai confiance en toi, Gideon Jura, murmura la jeune femme en exerçant une petite pression rassurante sur la clavicule du guerrier, et, même si cela me contrarie, je vais m’employer à mettre un terme aux agissements de Tezzeret, au moins pour l’instant. Enfin, peut-être. Je ne te promets rien. » Chandra se mit debout sur la balustrade et en sauta pour atterrir sur la terrasse. « Et je vais quand même aider ma mère et les renégats, pas en ma qualité de Sentinelle, mais parce que je suis la fille de Pia Nalaàr. »

Gideon se leva à son tour et acquiesça : « Oui, c’est précisément ce que tu devrais faire : te consacrer à ta mère. En dépit de tout, tu mérites de passer un peu de temps avec elle. De plus, connaître les plans des renégats ne pourra que nous être utile quand nous affronterons Tezzeret. » Gideon commença à se diriger vers l’escalier qui redescendait du toit, tout en poursuivant : « Il faudrait nous entretenir avec le reste des Sentinelles, ainsi peut-être qu’avec Ajani, pour savoir comment découvrir et contrecarrer les plans de Tezzeret. »

Chandra l’observa un instant alors qu’il s’éloignait. « Hé, Gid ! » lui lança-t-elle. Celui-ci se retourna. « Moi aussi, je tiens à toi », acheva-t-elle.

La jeune femme le rattrapa, lui lança une bourrade amicale dans le bras et le planta là, pour dévaler seule l’escalier, quatre à quatre. Gideon, quant à lui, fit de son mieux pour ignorer le pincement qu’il ressentait dans sa poitrine, tout en lui emboîtant le pas.


Quelques jours plus tard…

« Nous avons à parler, toi et moi ! » lança Gideon en claquant la porte derrière lui, furieux. Liliana leva les yeux au ciel en traversant la pièce d’un pas nonchalant et lâcha : « Je t’en prie, vide ton sac. »

« Nous ne sommes pas des tueurs ! »

« Rectification : c’est le Gros Matou qui n’est pas un tueur, lui », précisa la nécromancienne tout en ouvrant la penderie que Yahenni avait mis à disposition des Sentinelles, pour y fouiller. « “Je ne tue pas. Plus maintenant”, ajouta-t-elle, livrant une imitation troublante du Planeswalker félin, qu’elle souligna en levant à nouveau les yeux au ciel. Un vrai Père la vertu, drapé dans ses mystères ! »

« Nous non plus », insista Gideon, qui s’avança et referma la porte de l’armoire pour forcer Liliana à le regarder.

Celle-ci s’esclaffa, sarcastique :

« Hum… Pardonne-moi, mais je crois me souvenir de t’avoir vu mettre nos ennemis en charpie, à Thraben. »

« À la différence qu’il s’agissait d’abominations eldrazi ! s’insurgea le mage. Ici, ce sont des personnes comme nous. »

« Donc, on ne tue que les monstres de hideur, c’est bien cela ? Dans ce cas, la sentence se justifiait pour le plus petit », lâcha Liliana en rouvrant la penderie pour reprendre ses recherches.

Stupéfait, Gideon s’étrangla d’indignation : « Nous ne tuons qu’en l’absence de toute alternative ! Et ce qui vient de se passer… »

« Ce qui vient de se passer constitue précisément une situation sans autre échappatoire : ces soldats du Consulat nous avaient repérés, identifiés et attaqués. Crois-tu que si nous les avions, disons, assommés, ils auraient oublié comme par magie de nous avoir vus sortir de cet appartement, en revenant à eux ? »

Liliana sortit un ample kurta blanc, le jaugea du regard et le jeta sur son épaule. « Effacer les souvenirs n’est pas ma spécialité, or tu t’obstines à envoyer notre télépathe effectuer de petites missions de reconnaissance idiotes. Je n’ai accompli, pour ma part, que ce que je fais de mieux. » Elle se tourna vers lui et le gratifia d’un sourire qui se voulait ingénu, avant d’ajouter : « Donner la mort n’est qu’un outil de notre panoplie ; je ne suis que prodigieusement douée pour m’en servir. »

« Donner la mort est un outil dont nous devons éviter à tout prix de nous servir, mais c’est sans doute trop difficile à comprendre pour une nécromancienne. » En finissant sa phrase, Gideon se rendit compte qu’il serrait et desserrait les poings, et prit une profonde inspiration.

« Oh, je t’en prie ! As-tu la moindre idée du nombre de personnes que je me suis abstenue de tuer, depuis que je suis arrivée ici ? lui demanda-t-elle en lui lançant le kurta. Au reste, si tu essayais de te fondre dans le décor en portant des vêtements indigènes, peut-être n’aurions-nous pas attiré leur attention. »

Gideon attrapa la longue chemise au vol et regarda fixement Liliana. Il faut que je garde mon calme, se dit-il, repliant le kurta en silence. Elle tente de me provoquer. Le vêtement plié, il le posa sur une chaise à côté de lui.

« Inutile de chercher à me blâmer pour leur mort, j’assume la responsabilité de toutes les vies que j’ai prises. » La nécromancienne, encore une fois, leva les yeux au ciel, mais le regard que Gideon posait sur elle ne fléchit pas. « Je veux pouvoir te faire confiance, Liliana, mais il m’est difficile de me fier à toi quand je te vois trahir les principes fondamentaux qui régissent notre mission. »

« Et quelle est-elle au juste, je te le demande ! lui objecta Liliana tandis que sa moue sarcastique virait en un clin d’œil à l’intransigeance. Nous perdons notre temps à jouer aux petits soldats alors qu’il faudrait anéantir Tezzeret ! »

« Tu as raison, reconnut Gideon, satisfait de constater que Liliana venait de reculer, mais sans le quitter des yeux. Voilà pourquoi nous avons chargé Jace de suivre les soldats du Consulat : afin d’en apprendre davantage sur les plans de Tezzeret. Voilà pourquoi Nissa et Yahenni inspectent les flux d’Éther dans la ville, dans l’espoir de découvrir les lieux d’où Tezzeret pourrait diriger ses opérations. Il est difficile d’arrêter quelqu’un dont on ignore où il se cache. »

D’un ton moqueur, Liliana lui demanda alors : « Et Chandra qui escorte sa mère partie mobiliser les renégats ? Ou le Matou qui protège la Mamie pendant qu’elle aussi rallie le ban et l’arrière-ban des rebelles ? Cela aussi fait-il partie des attributions des Sentinelles ? »

« Disons qu’il pourrait se révéler utile de posséder des alliés renégats prêts à intervenir au cas où la situation s’envenimerait », lui expliqua Gideon d’un ton bien moins assuré que ses propos ne voulaient le laisser croire.

« Ah, je vois. En résumé, nous attendons que tu rassembles une armée qui sera sous tes ordres, pour une bataille où, par magie sans doute, personne ne mourra, face à des adversaires qui enverront leurs hommes pour nous capturer voire nous assassiner. »

La nécromancienne s’avança vers Gideon, le regard planté dans ses yeux. « Je puis t’assurer d’une chose, Gideon : Tezzeret ne suit pas les mêmes règles que toi, et si nous ne le mettons pas hors d’état de nuire, il fera mourir bien plus de monde que moi. »

Sa voix n’était guère plus qu’un murmure, ses paroles un bruissement qui sembla persister quand elle s’interrompit un instant, avant de revenir à la charge : « Tout compte fait, il n’est sur ce plan qu’une seule personne que je veuille réellement tuer et, comme le sentiment est réciproque, il ne l’aura pas volé ! » Sur ces mots, elle fit volte-face et s’éloigna en direction de l’escalier.

« Que t’a-t-il fait ? »

À la question de Gideon, Liliana s’immobilisa et se retourna, le regard interrogateur.

« À la manière dont tu en parles, il a dû te porter tort, par exemple en te prenant ce qui t’était cher », s’expliqua le guerrier avec assurance, convaincu d’avoir deviné juste.

« Il dirigeait une organisation criminelle interplanaire, spécialisée dans la contrebande d’objets et marchandises dangereux d’un monde à un autre. Sa cruauté et son aveuglement ne le cédaient qu’à son penchant pervers à manipuler et à assassiner ses amis comme ses ennemis. Il a ainsi incendié des villages entiers uniquement pour l’exemple. »

Gideon hocha la tête, « Tu me donnes là des raisons qui justifierait à mes propres yeux de l’éliminer, mais toi-même, pourquoi vouloir sa tête, et pas seulement au figuré ? »

Durant un instant, Liliana demeura interdite sous le regard inquisiteur de Gideon. Bientôt, celui-ci discerna cependant une étincelle dans les tréfonds de ses yeux violines, signe qu’elle venait de se résoudre à se confier.

« Il a tourmenté quelqu’un qui m’était cher et détruit ce qui m’appartenait. » Derrière cette phrase sans détours, délivrée d’un ton presque impassible, Gideon devina pourtant les échardes acérées de la colère et de la haine.

Art by Karl Kopinski
Illustration par Karl Kopinski

« Abstiens-toi d’intervenir, et je promets de me charger de lui et de mettre un point final à ce mauvais roman. »

La nécromancienne lui tourna alors le dos et s’engagea dans l’escalier, vers l’étage supérieur, le bruit mat de ses talons scandant sa montée. Gideon soupira et se passa une main sur le visage, persuadé que Liliana ne lui avait pas dit toute la vérité. À l’inverse, il était certain qu’elle ne s’était encore jamais montrée aussi franche avec lui.


Quelques jours plus tard, dans le quartier de Bomat…

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Chargeur à baliste | Illustration par Sung Choi

Le char d’assaut du Consulat fonçait dans sa direction, et le crissement des chenilles de métal frottant sur les pavés lui vrillait les tympans.

Inspirer.

Gideon fit pivoter ses épaules pour positionner la gauche face au véhicule qui fondait sur lui et leva les mains en position de défense, fermement campé sur ses pieds, paré à l’impact.

Visualiser l’adversaire.

Sa peau se mit à luire, et des ondulations de lumière dorée lui parcoururent le corps. Ce blindé n’était pas si différent d’une hydre enragée, décidée à saccager un village de Theros, si ce n’est qu’au lieu de multiples yeux féroces et bestiaux, ce qu’il aperçut, une fraction de seconde avant la collision, ce sont les deux pupilles du conducteur, écarquillées de terreur.

Expirer.

Le véhicule s’écrasa contre Gideon. Sous la force du choc, les pieds de ce dernier cédèrent un peu de terrain en s’enfonçant dans le sol, faisant jaillir des éclats de pavé. Le char se démantibula, des fragments se brisèrent autour du hiéromancien, et des engrenages ainsi que des panneaux de métal déchirés rebondirent sur lui sans le blesser, le halo doré qui l’entourait les faisant étinceler. Dans le chaos qui suivit ce télescopage, Gideon garda pourtant les yeux rivés sur ceux du conducteur et, quand l’homme, paralysé d’effroi, se trouva éjecté de son siège, son véhicule se disloquant autour de lui, le mage tendit les bras, les referma sur lui et pivota dans le même mouvement pour interrompre sa chute et lui faire rempart de son corps contre les éclats projetés en tout sens.

Tout s’était déroulé en un clin d’œil. Un instant plus tôt, un mastodonte blindé du Consulat dévalait la rue ; quelques secondes plus tard, c’est un amas de ferraille qui avait pris sa place, aux pieds de Gideon et du pilote éberlué qu’il tenait encore à l’abri de ses bras.

« J’imagine que cela vous suffira pour aujourd’hui », dit le mage en posant le soldat à terre avant de le gratifier d’une tape amicale sur l’épaule.

Si l’homme parvint à formuler une réponse, celle-ci échappa cependant à Gideon, car un énorme poing métallique frappa soudain ce dernier, l’envoyant traverser le mur d’un bâtiment tout proche. Le conducteur leva les yeux vers les orbites sans vie d’un automate d’un gris métallique, qui, paré de l’or et de la pourpre consulaires, le dominait de près de quatre mètres.

Après un instant de stupeur, l’homme finit par détaler sans demander son reste, tandis que le géant de métal avançait d’un pas lourd vers le mur, à présent percé d’un trou béant dont le contour rappelait vaguement la silhouette de Gideon. Il s’immobilisa cependant quand un autre automate, d’un modèle étrangement similaire mais fait d’un métal doré, lui infligea un coup de bélier de la tête. Le géant mécanique du Consulat retrouva néanmoins son équilibre, et les deux colosses entamèrent alors un pugilat, cependant qu’une frêle silhouette féminine vêtue de bleu et de bordeaux se précipitait vers le mur.

« Gideon ! Vous allez bien ? Je suis vraiment navrée… Je n’avais pas vu la seconde machine du Consulat ! »

Le hiéromancien émergea alors des débris, secouant la tête et essuyant la poussière de ses épaules.

« Je n’ai rien, Saheeli, rassurez-vous, mais je suis quelque peu étonné que vous n’ayez pas vu venir pareil mastodonte », lui répondit Gideon en désignant du geste les deux combattants, à l’instant même où l’automate du Consulat décochait un uppercut qui envoya son adversaire doré traverser un autre mur.

Saheeli chercha à se justifier : « Malgré leur taille, ils sont étonnamment silencieux. » Elle leva ensuite les mains, et Gideon sentit un déferlement de mana au moment où elle se mit à exécuter toute une gestuelle en direction de l’épave du char. Admiratif, il vit ainsi le fatras de pièces mécaniques se réorganiser pour finir par former deux répliques, plus petites mais parfaites, des automates géants qui s’affrontaient non loin d’eux. Saheeli fit à nouveau danser ses mains, et les deux modèles réduits se lancèrent dans la mêlée, grimpèrent sur l’automate du Consulat, lui arrachèrent plusieurs conduits d’Éther et parvinrent à se faufiler sous son blindage, pendant que l’automate doré le martelait de plus belle. Saheeli mima un coup de poing, que ce dernier reproduisit pour éventrer son adversaire, avant de lui arracher, dans un jaillissement d’Éther, une masse informe composée de tubulures et de verre. L’automate du Consulat plia le genou avant de s’effondrer dans un immense fracas. La Kaladeshie brandit vers le ciel un poing triomphant.

« Splendeur et décadence des ingénieurs consulaires ! s’exclama-t-elle. Leurs créations sont robustes mais sans imagination : ils installent toujours la batterie au même endroit sur tous leurs modèles. » Gideon s’apprêtait à lui répondre, mais des bruits de pas les firent se retourner, prêts à repousser une possible menace, lui en déployant son sural, elle en commençant à forger ses filaments de métal.

Une gigantesque silhouette vêtue d’une cape bondit d’un toit voisin pour atterrir devant eux, presque sans bruit. Par pur réflexe, Saheeli et Gideon reculèrent d’un pas, puis le mage poussa un soupir de soulagement en reconnaissant celui dont l’œil bleu les observait de dessous sa capuche. « Ajani, mais que fais-tu là ? »

Le guerrier félin le toisa de toute sa stature. « Tout ce chahut a attiré mon attention. »

« Il a certainement attiré l’attention de tout le monde ! » Gideon fit volte-face et vit Liliana sortir à grands pas de derrière un bâtiment voisin, suivie de Jace. Venus d’une autre rue, Nissa et Yahenni contournèrent l’angle d’un mur cependant que Chandra et Pia les rejoignaient en courant, par une contre-allée.

« Bon sang, Gid ! D’habitude, quand il y a du ramdam, c’est moi ! s’exclama Chandra en considérant les débris encore fumants qui jonchaient le sol ainsi que les nombreuses brèches dans les murs et édifices alentours. C’est un vrai carnage, ici. » De la main, elle salua une personne invisible, de l’autre côté du mur que Gideon avait traversé quelques instants plus tôt. Un « Bonjour » étouffé lui répondit.

Gideon se racla la gorge pour attirer l’attention du groupe. « Merci à tous de vous être précipités à notre secours. Néanmoins, si vous avez entendu ce tapage, c’est que les renforts du Consulat ne vont effectivement pas tarder. Nous devrions nous retrouver avec Saheeli dans un nouvel abri et… »

« Nous n’en aurons pas le temps, objecta celle-ci en venant se placer au centre du cercle que formait le groupe. Comme je le disais à Gideon, ou plutôt comme j’allais le lui dire avant cet incident, j’ai découvert où se cache Tezzeret. » À cette nouvelle, tous s’exclamèrent, s’agitèrent et se mirent à la commenter en un brouhaha excité. Gideon leva les mains pour imposer de nouveau le silence, puis tourna son regard vers Saheeli, qui reprit : « Il s’est barricadé dans un atelier privé, dissimulé au centre de la Tour d’Éther. C’est là qu’il détient l’inventrice la plus primée de la Foire et qu’il travaille à une application de ce qu’elle a créé. »

« Voilà qui corrobore ce que nous avons appris », confirma Nissa en faisant à son tour un pas en avant. Yahenni prit alors la parole : « Mlle Nissa et moi-même venons en effet de constater qu’un flux d’Éther inhabituel est précisément détourné du Centre d’Éther vers ce réservoir-là. »

« Alors prenons d’assaut la Tour et éliminons Tezzeret ! » Chandra paraissait prête à lancer la charge séance tenante, mais Saheeli eut un mouvement de tête en signe de désaccord.

« Ce laboratoire est certainement très bien gardé. De plus, il détient l’inventrice. Elle est… En fait, elle s’appelle Rashmi et c’est l’une de mes amies, précisa Saheeli d’une voix sous-tendue d’émotion. Il faut entrer, la sauver et ressortir. Néanmoins, je ne puis y parvenir seule, mais si une ou deux personnes m’y aidaient… »

« C’est une opération d’infiltration, c’est donc Jace qui devrait s’en charger, décida Gideon en désignant son ami d’un mouvement de tête. Il sera le plus à même de déterminer ce que Tezzeret manigance… »

« J’irai, intervint Liliana en s’avançant pour se placer entre Jace et Gideon. Si Tezzeret s’y trouve, je dois y être aussi. »

Le regard de Saheeli passa de Jace à Liliana avant de se poser sur Gideon. Jace afficha un air surpris. De son côté, Gideon relâcha très légèrement les muscles de ses épaules afin d’en évacuer la tension nerveuse. Il fixa Liliana avec intensité. L’expression de la nécromancienne restait impénétrable. Les secondes passèrent, chaque instant de réflexion pesant un peu plus sur les épaules du guerrier.

« Je veux pouvoir te faire confiance », lui avait-il dit. Puis-je me fier à toi ?

La voix de Saheeli le tira de ses pensées : « Il faut nous décider. Sur-le-champ. »

« Très bien. Ce sera Liliana. »

Saheeli approuva de la tête, satisfaite, et se mit en route en direction de Vive-Soudure. Liliana lui emboîta le pas.

« Liliana ! la rappela Gideon. Fais ce qui est juste. »

L’intéressée se retourna, et le mage sentit alors des millions de réponses inexprimées se bousculer sous le calme apparent de la nécromancienne, qui finit toutefois par en formuler une, celle-ci lui parvenant haut et clair, malgré la distance qui les séparait déjà : « Je ferai ce qui doit être fait. »

Gideon regarda les deux femmes disparaître dans une ruelle adjacente. Un grognement guttural en provenance d’Ajani ramena alors son attention sur le reste de l’assemblée.

« Nous devrions les soutenir dans toute la mesure de nos moyens », déclara le Planeswalker léonin.

Gideon acquiesça : « Ajani a raison. Si nous parvenons à créer une diversion, nous parviendrons peut-être à détourner vers nous une partie des forces qui défendent Tezzeret. »

« Je pense que nous pourrions faire bien mieux que cela, suggéra Pia dans un sourire qui s’élargit au fur et à mesure qu’elle développait son plan. Si ce laboratoire est aussi important que Saheeli le laisse entendre, la sécurité autour d’autres cibles s’est peut-être allégée, les rendant plus vulnérables. Au lieu d’une diversion, nous pourrions ainsi envisager une attaque en règle afin de nous emparer de quelque chose qui nous serait utile. »

« Je suppose que vous avez déjà un objectif en tête. »

« Attaquons le Centre d’Éther, répondit Pia, les yeux brillants d’enthousiasme. Si nous réussissons, nous pourrons couper l’énergie de la Tour et, par la même occasion, stopper les travaux de Tezzeret. Nous pourrions également fournir ainsi de l’Éther aux inventeurs renégats et en rendre à la population. Ce serait une victoire tactique, mais aussi hautement symbolique. »

« C’est un plan qui se tient. Toutefois, si nous parvenons à nos fins, il faut nous attendre à ce que Tezzeret et Baàn nous envoient leurs armes les plus redoutables pour nous arrêter. J’ai en effet déjà mené des batailles au cours desquelles nous avons dépensé toutes nos ressources pour nous emparer de positions que nous n’avons pas pu tenir ensuite. Or je refuse de voir pareille débâcle se reproduire ici. »

« Oh, le Consulat n’est pas le seul à posséder des armes effrayantes, révéla Pia avec le plus large des sourires et un œil de conspiratrice. Nous aussi, nous avons mis au point une arme de poids. Tout ce qu’il lui manque, c’est de l’Éther pour l’alimenter en énergie et l’achever. »

« Pardon, les coupa Ajani de sa voix rocailleuse. Des bruits se rapprochent à quelques rues d’ici. Ce sont très certainement des soldats du Consulat, et ils sont très nombreux. »

« Alors ne restons pas ici ! Madame Nalaàr, Chandra, mobilisez les renégats. Nissa, Jace et Ajani, suivez-moi. Nous allons les occuper en attendant que les rebelles soient prêts à l’attaque : on frappe, on se replie et on disparaît. Puis, quand les renégats seront parés, à l’aide de la télépathie de Jace et des mécanoptères de Pia, nous coordonnerons l’assaut sur le Centre d’Éther. » Pia tourna des talons pour partir, tandis que le reste des Planeswalkers s’approchaient de Gideon.

Chandra, quant à elle, resta immobile, les bras croisés. « Tu es sérieux, Gid ? Vous allez affronter le Consulat et je ne suis pas invitée ? »

Gideon hocha la tête, « Nous allons juste opérer des diversions en soutien de la mission de Liliana et Saheeli, qui consiste à neutraliser Tezzeret », précisa-t-il.

Chandra leva les yeux au ciel d’une manière qui rappelait clairement Liliana. « Tu peux appeler cela comme tu veux, mais ce que tu décris, c’est rendre la monnaie de leur pièce à des crétins qui l’ont bien mérité. »

Dans le lointain, le son des équipements métalliques et du martèlement des bottes approchait. Gideon l’ignora pour continuer à fixer Chandra du regard. « Ta puissance de feu nous sera utile quand nous lancerons l’attaque contre le Centre d’Éther. En attendant, je suis persuadé que les renégats ainsi que ta mère ont davantage besoin de ta présence et de ton éloquence que nous. »

Chandra glissa un coup d’œil vers Pia, qui lui sourit en acquiesçant. Elle se tourna vers Gideon, une lueur de panique dans le regard. « Gid… Non. Non, non, non. Tu sais bien que je n’ai aucun talent d’orateur : prononcer des discours, parler aux gens, ce n’est pas pour moi. »

« Tu es extraordinaire, alors laisse simplement parler ton cœur ou alors ne dis rien ; à toi de choisir, lui conseilla le mage dans un grand sourire franc. Il suffit de donner l’exemple. Montre-leur que tu es forte, et ils te suivront. »

Chandra fronça les sourcils, visiblement dubitative, puis hocha la tête en un assentiment laconique avant de faire demi-tour et de partir avec Pia. Le fracas des forces consulaires en approche était à présent largement audible. Gideon laissa les lames de son sural pendre librement, prêtes à l’action. Il regarda Ajani sauter vers un endroit discret sur un toit et observa Nissa qui se préparait en faisant déjà surgir des racines d’entre les pavés. Jace, quant à lui, restait planté là. Il se produisit alors un éclair si fugitif que Gideon ne fut pas vraiment sûr de l’avoir vu. Qu’est-ce que… ? De la magie de l’esprit ! Il ne s’y habituerait jamais.

« Ils sont là ! Arrêtez-les ! » Les exclamations de l’argousin du Consulat retentirent à travers la place. Gideon tint son arme parée à l’attaque, son halo distinctif recouvrant son corps.

Le calme allait faire place à la tempête.


La révolte éthérique Histoires archivées
Kaladesh Histoires archivées
Profil du Planeswalker : Chandra Nalaàr
Profil du Planeswalker : Nissa Revane
Profil du Planeswalker : Liliana Vess
Profil du Planeswalker : Jace Beleren
Profil du Planeswalker : Gideon Jura
Profil du Planeswalker : Saheeli Rai
Profil du Planeswalker : Ajani Crinièredor
Profil du plan : Kaladesh

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