Victoire

Posted in Magic Story on 26 Novembre 2014

By Tom LaPille

Tom LaPille makes things. Some of the things he makes are card sets, like Dark Ascension and Born of the Gods. Sometimes he makes stories, too. Sometimes he makes unexpected things, like 16th-century Japanese clothing. He's probably making something right now.

Zurgo, khan des Mardu, sait tenir rancune. Et il ne déteste personne plus que le Planeswalker Sarkhan Vol, un ancien Mardu qui a utilisé le feu du dragon pour réduire ses frères de clan en cendres lorsque son étincelle s'est embrasée.

Mais jusqu'où ira-t-il pour assouvir sa vengeance ?


Zurgo Brisecasque se tenait sur un promontoire rocheux au bord d'un plateau irrégulier. Il observait les multitudes marduennes rassemblées sur la plaine. Au milieu des troupes gisaient les cadavres de nombreux guerriers. Il y avait quelques corps marduens, mais la grande majorité étaient des Temur. À gauche, des étendues broussailleuses sans fin marquaient la frontière du territoire de son peuple. À droite se dressaient les premiers contreforts temuriens, d'où étaient venues les troupes qu'ils venaient juste de vaincre.

Tandis qu'il contemplait son armée, ses hommes l'observaient aussi. Ils le fixaient avec triomphe, fatigue, et leurs yeux trahissaient leurs attentes.

« Nous sommes Mardu ! » s'écria-t-il.

Ascendance marduenne | Illustration par Jason Chan

« MARDU ! » répondirent-ils avant de pousser un long cri de victoire. Il se reput de leur exaltation jusqu'à ce que la clameur s'apaise.

« Surrak a testé nos frontières, continua Zurgo, et nous lui avons montré qu'elles étaient résistantes. Peut-être croyait-il que nous nous prélassions à Ailetrône. Il se trompe ! Nous sommes Mardu, et nous régnons sur ces plaines ! » Il frappa lourdement le sol du pied et ses troupes l'acclamèrent à nouveau.

C'est alors que retentit un craquement sourd dans la roche. Il baissa les yeux et remarqua qu'une fissure irrégulière était apparue dans la pierre sous ses pieds. Le craquement s'intensifia. Zurgo recula de deux pas, et l'instant d'après, la partie avant du promontoire s'effondra en contrebas dans un grand fracas.

Dans le silence qui s'ensuivit, une voix suraiguë, en provenance de la plaine, s'éleva pour atteindre les oreilles de Zurgo. Les guerriers les plus proches de la source se tournèrent vers elle, le visage inquiet et confus. Zurgo adressa un regard à Varuk, près de lui. Le vieil orque était l'un de ses conseillers les plus proches. « Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda le khan.

Les oreilles de Varuk se dressèrent. « C'est un gobelin, mon khan. En colère. »

Zurgo renifla. « Amenez-le ici. »

Varuk lui adressa un regard rapide, mais nerveux. « Comme tu veux, mon khan. » Il se tourna vers un garde humain et claqua des doigts. Quand le garde revint accompagné du gobelin, la plaine était à nouveau silencieuse, et l'armée attendit de voir ce que Zurgo allait faire à la petite boule de poils.

Jeton Gobelin | Illustration par Kev Walker

Le khan ouvrit la bouche pour parler, mais le gobelin le prit de vitesse. « Ma sœur est morte pour sauver ce bout de rocher, et tu l'as cassé ! » La voix nasillarde du gobelin fit écho sur la plaine. Un murmure monta de la foule amassée en contrebas.

Zurgo se redressa le plus possible. « Nous avons vaincu les Temur parce que nous avons combattu comme une âme, un corps, un clan. Mourir au combat est une grande gloire si cela sert le clan ! Le brave sacrifice de ta sœur a sauvé bien des vies marduennes ! »

Varuk brandit son arme et poussa un cri de victoire. Les troupes lui répondirent. Leur voix unifiée déferla sur le plateau, puis se dissipa.

« Mais après tu l'as cassé ! » Le gobelin baissa les yeux vers le rocher fracassé au pied du plateau, puis fixa son khan à nouveau d'un air défiant. « C'était un bon rocher ! » La créature pathétique regardait Zurgo droit dans les yeux tandis que sa voix aiguë résonnait sur la plaine. Les hommes les plus proches du khan devenaient très nerveux. Ils avaient le visage froid et furieux. Les murmures s'intensifièrent parmi les troupes.

La rage enfla la poitrine de Zurgo. « Tu penses que je ne fais pas ce qui est le mieux pour les Mardu ? »

« Ma sœur est morte pour rien ! » gémit le gobelin.

Le khan leva le pied le plus haut possible, puis écrasa la créature de tout son poids. Elle s'aplatit sur le sol avec un craquement d'os satisfaisant.

Zurgo tourna à nouveau son attention sur ses troupes. « Je n'ai nul besoin de ce rocher, ou d'un autre ! Nous avançons, nous prenons ce que nous voulons, nous mangeons ! Nous sommes Mardu, et nous avons montré notre puissance à Surrak ! » L'armée poussa un nouveau cri de victoire, mais cette fois, il n'était pas aussi enthousiaste qu'auparavant.

Zurgo se détourna de la foule, et le bourdonnement des conversations recommença. Tandis que l'armée se dispersait, Varuk approcha, indiquant de sa tête légèrement inclinée le cadavre du gobelin. « Je ne suis pas sûr que tuer ce gobelin était une bonne idée. »

Hurleguerre marduen | Illustration par Yefim Kligerman

« Il a défié mon autorité, et sans unité nous ne sommes rien. »

Une lueur indéchiffrable traversa le regard du conseiller. « Est-ce plus important que ta position ? Sa famille va t'en vouloir. »

Une guerrière portant l'étendard d'un messager se fraya un chemin jusqu'à Zurgo. Elle s'arrêta devant lui, essoufflée. « Je sais pourquoi ils nous ont attaqués, dit-elle, pantelante. Un éclaireur temurien a vu l'un des nôtres dans les forêts, loin de nos frontières. »

Aspirante à un nom-de-guerre | Illustration par David Gaillet

Zurgo se retourna brusquement vers elle. « Quoi ? »

Elle recula. « Ils l'ont cerné. Il a dit que son nom était 'Sarkhan.' Il a insulté les Temur en prétendant être leur maître et ils lui ont demandé de se rendre… »

Elle s'arrêta dans son récit. Zurgo renacla. « Et ? »

« Il… ils racontent qu'il s'est transformé en dragon. Et qu'il les a brûlés de son souffle de feu, qu'il a décollé et qu'il s'est enfoncé plus loin dans le territoire Temur. »

Vol. Ce ne pouvait être que lui. Les yeux de Zurgo s'étrécirent.

« Ils ont cru qu'il était le nouveau khan des Mardu et ils ont attaqué, pensant nous surprendre en l'absence de notre chef. Mais tu étais là. Et tu ne peux pas te transformer en dragon. » Elle baissa les yeux un instant, puis regarda à nouveau son chef d'un air interrogateur. N'est-ce pas ? »

« Tu peux disposer », beugla Zurgo.

Tandis qu'elle s'éloignait, Varuk s'approcha encore plus près. « Tu ne dois pas le poursuivre. »

Zurgo le fixa. « Mais il a suffisamment menacé ce clan. Il doit mourir. »

Varuk ne se laissa pas intimider. « Tu oublies que je suis à tes côtés depuis longtemps. Je me souviens de l'époque où tu n'étais qu'un chef d'escadron. J'étais là quand Vol a déserté, et qu'il pensait être accueilli à bras ouverts quand il est revenu. J'étais présent quand tu l'as envoyé se battre contre les Sultaï. Et aussi quand il s'est transformé en une énorme bête de flammes et qu'il a réduit ton armée en cendres. Je sais ce qu'il peut faire, et qu'il est trop puissant pour toi. »

« Il s'est identifié comme Sarkhan et c'est la raison pour laquelle Surrak nous a attaqués. Crois-tu que le prochain khan qui entendra ce nom se contentera de se frapper la cuisse en riant ? Non, ce n'est pas la dernière fois que nous serons attaqués à cause de sa traîtrise. »

« Après une telle défaite, Surrak nous laissera tranquilles pendant quelques temps. Nos chevaux ne sont pas à l'aise dans les montagnes. Et Vol s'éloigne de nous. »

« C'est un traître et une grande menace, et je veux le voir mort. »

Varuk tourna la tête vers l'armée, qui entre temps avait commencé à installer son campement. « Comment vas-tu les convaincre de te suivre ? Ils n'ont rien à voir avec cette vengeance. »

Zurgo renifla. « Ce soir, nous célébrons notre victoire. Demain, nous nous préparerons. Et après-demain, nous punirons Surrak pour son impudence. Tu peux en informer les autres. »

Le conseiller acquiesça, puis disparut dans la foule.

La horde de Zurgo passa la nuit à célébrer la victoire. Le khan resta dans sa tente, laissant à ses troupes le plaisir de savourer leur triomphe. Il était livide au sujet de Vol, et tout guerrier qui le verrait dans cet état supposerait qu'il en voulait à l'un des Mardu. Seuls quelques vétérans souhaitaient encore se venger de Vol. Par conséquent, la tête de Surrak devrait suffire pour motiver son armée à partir dans les montagnes. Il pouvait dire que Surrak était l'objet de sa rage, mais il devrait attendre que ses hommes aient célébré leur victoire. Alors il resta seul.

Le lendemain, les Mardu se préparèrent à prendre la route. Les guerriers de Zurgo, toujours en quête d'équipement et de nourriture, pillèrent les cadavres sur le champ de bataille, puis les empilèrent. Les shamanes créèrent d'énormes crevasses sous les morts, puis les refermèrent une fois les fosses communes remplies. Les éclaireurs partirent explorer l'orée des contreforts boisés. Et les trois grands chefs d'escadron de son armée le rejoignirent dans sa tente.

« Demain, nous avancerons dans les montagnes, leur dit Zurgo. Nous punirons Surrak pour son impudence. »

« Les Temur sont dans leur élément dans les montagnes, répondit Varuk. Ce chemin est dangereux. »

« Nous avons des éclaireurs, rétorqua le khan. Nous serons prêts à nous défendre quand l'ennemi attaquera. »

« Nos hommes ne connaissent pas les territoires temuriens, dit une orque appelée Rufaz, visiblement troublée. Nous serons aveugles comparés à nos ennemis. »

Zurgo la foudroya du regard. « Tu devrais montrer plus de foi envers nos guerriers. »

« Nous avons déjà suffisamment puni Surrak, ajouta un humain appelé Batähar d'un ton dédaigneux. Son épaisse moustache masquait à peine son air de dégoût. Prendre tant de risques rien que pour se venger est stupide. »

Le visage de Zurgo se tordit de rage. « Je suis le khan des Mardu. Vous ferez ce que je vous ordonne. »

Varuk acquiesça ; Rufaz fit de même. Après quelques instants d'hésitation, Batähar les imita et ils partirent tous. Quand le khan rejoignit son armée, ses trois conseillers avaient commencé à préparer la horde pour le voyage du lendemain.

Le matin, les troupes de Zurgo rangèrent leurs tentes, montèrent sur leurs chevaux et autres bêtes de somme, puis se mirent en route. Le khan envoya des éclaireurs reconnaître le terrain et déterminer la présence de Temur dans la forêt.

« J'ai aussi entendu parler d'un déserteur marduen, dit-il à ses hommes. Si vous le trouvez, ne le pourchassez pas, mais tenez-moi immédiatement au courant. » Ils acquiescèrent et se dispersèrent dans les bois.

Contreforts boisés | Illustrations par Jonas De Ro

Zurgo voyageait au centre de la horde, sa monture dépassant d'une tête les chevaux de l'armée qui l'entouraient. Elle éprouvait quelques difficultés à grimper les collines, mais pas autant que les chevaux.

La première vague d'éclaireurs était revenue avec des nouvelles peu précises, mais inquiétantes. Les Temur étaient proches, c'était certain, mais aucun n'avait été aperçu. Les éclaireurs n'avaient trouvé que des branches cassées et des empreintes de pas fraîches qui n'avaient pas été laissées par les Mardu.

Surrak savait où ils se trouvaient.

Trois heures plus tard, l'armée marduenne arriva dans une vallée qui zigzaguait dans la montagne. Un froid soudain s'abattit et il commença à neiger. C'était une neige persistante, surnaturelle, qui recouvrit le sol en quelques minutes, bien qu'ils se trouvaient trop bas pour s'attendre à de telles intempéries. Les montures de la horde, chevaux ou autres, avançaient dans la poudreuse avec de plus en plus de difficultés. Quelques éclaireurs revinrent d'explorer la forêt avec bien peu d'informations. L'un d'eux avait aperçu un shamane temurien pratiquant une sorte de magie du froid, mais ce ne fut une révélation pour personne.

Batähar chevauchait près de Zurgo. Son cheval semblait de plus en plus nerveux dans la neige. « Mon khan, nous devons faire demi-tour. C'est absurde. Nous fonçons droit dans un piège. »

Zurgo le fixa quelques instants. « Une menace pour l'unité de notre clan se terre dans ces montagnes. Tu préférerais qu'elle ne soit pas éliminée ? »

Batähar grimaça. « C'est la neige qui menace notre unité. »

Zurgo se redressa sur sa selle et foudroya son compagnon du regard. « Un peu de neige ne devrait pas menacer un vrai guerrier des Mardu, Batähar Tranchegorge. »

Le conseiller, vexé, s'éloigna de son chef. Il disparut de son champ de vision quelques mètres plus loin à peine.

Une éclaireuse courut vers lui ; son corps tout entier était recouvert d'une fine couche de neige. « Il y a des Temur alentour. Ils sont en train de se rassembler au sommet d'une colline, au-dessus de nous. « Ils sont peut-être une centaine. »

La respiration de Zurgo se figea dans le froid surnaturel. « Préviens les autres de se préparer à— »

Les bruits de la bataille les entourèrent soudain. Le fracas de l'acier contre l'acier, les cris de triomphe et d'agonie, les bruits d'éclaboussure accompagnant la mort des montures lui parvinrent de l'avant et de l'arrière. Dans la neige, il n'y voyait pas suffisamment pour savoir ce qui se passait.

Il descendit de selle et se précipita vers la tête de son armée. À une soixantaine de mètres de là où il s'était trouvé, quinze Temur vêtus de fourrures se battaient, entourés par les guerriers Mardu, mais aussi bon nombre de cadavres. Ils ne firent qu'une bouchée des Temur, et le silence revint aussi vite qu'il avait disparu. La neige cessa de tomber.

« Que s'est-il passé ? » beugla Zurgo.

Il entendit quelqu'un courir dans sa direction, derrière lui. Il se retourna et vit une éclaireuse. « Deux attaques séparées, dit-elle, pantelante. Celle-ci et une autre, deux cents mètres plus loin. Cinquante Temur attaquant en colonne ont enfoncé notre ligne, tué cinquante-six d'entre nous et aussitôt disparu dans les bois. Nous n'avons pas pu les poursuivre. Ils ont laissé onze cadavres derrière eux. »

Zurgo contempla à nouveau la scène de massacre. « Et qu'est-il arrivé ici ? »

« La même chose », répondit une orque non loin. Son visage était balafré de deux lignes sanguinolentes. Elle examinait ce qui était maintenant un espace remplis de cadavres au centre de la colonne marduenne. « Je pense qu'il y a environ cinquante Mardu morts, et je ne vois que huit Temur. »

« Toi… et toi, dit Zurgo, désignant les deux femmes. Montrez-moi d'où ils sont venus. Vous autres, nettoyez-moi tout ça. »

L'éclaireuse et l'orque le conduisirent en bordure de la vallée, où les chemins gravissaient une pente escarpée. Ils étaient trop à pic pour les chevaux marduens et à peine assez large pour cinq guerriers. Les Temur avait frappé deux fois son armée en plein cœur, avec une force assez petite pour utiliser ce passage, et ils avaient disparu dans les bois aussi vite. Il eut beau plisser les paupières et protéger ses yeux de la luminosité avec la main, il ne vit rien plus loin sur les chemins.

Quand il revint vers ses troupes, un autre éclaireur l'attendait. « Que veux-tu que nous fassions ? »

« Rassemble les troupes, répondit-il. Dis-leur de venir me trouver ici. Je vais leur parler. »

L'éclaireur partit en courant.

Non loin de là, trois jeunes guerriers discutaient, assis dans la neige.

« Ils ont jailli de nulle part, dit l'un d'eux, et ils sont repartis aussi vite. »

« Mon frère a reçu quatre flèches et il est mort sous mes yeux. Je n'ai même pas pu le venger ! » se lamenta le deuxième.

« La même chose pourrait se reproduire cinq fois et nous ne pourrions rien faire, continua la jeune femme près de lui. Nous ne connaissons pas ce terrain. »

Zurgo poussa quelques-uns de ses hommes pour arriver à leur hauteur. Ils cessèrent de parler et se levèrent.

« Dites-moi, dit le khan. C'était votre première bataille ? »

Les trois guerriers acquiescèrent.

« Et avez-vous tous les trois tué un ennemi ? »

Ils firent à nouveau oui de la tête, cette fois dans l'expectative.

« Toi, aboya Zurgo, désignant l'un d'eux du doigt. Comment as-tu tué ton adversaire ? » Le silence commença à se faire autour d'eux.

« Je l'ai décapitée, répondit le guerrier, d'un seul coup d'épée. »

« Tranchetête » décréta Zurgo.

Il se tourna vers la deuxième du groupe, qui tremblait, les yeux écarquillés. « Et toi ? »

Ils se redressaient fièrement à présent. « Je lui ai fiché trois flèches en pleine poitrine », répondit la guerrière.

« Perce-cœur. » Zurgo fit face au dernier.

« Nous avions perdu nos armes et nous luttions à mains nus, expliqua-t-il. Je lui ai écrasé la gorge de mes propres mains. »

« Tord-cou ! » beugla Zurgo.

Les trois soldats s'inclinèrent avec fierté. Entretemps, une grande partie de l'armée s'était rassemblée autour de Zurgo, et d'autres guerriers arrivaient encore.

Le khan brandit son épée vers le ciel. « Aux guerriers des Mardu et à leur victoire ! »

La horde poussa un long cri guerrier, mais pas aussi puissant que Zurgo l'avait espéré.

« Non ! » s'écria soudain quelqu'un. Batähar sortit de la foule. Il avait le visage cramoisi, ses muscles étaient tendus et la rage brûlait dans ses yeux. « Ces jeunes guerriers ont raison. Tu nous a conduit dans cette forêt pour punir Surrak, tu dis. Mais tu ignores où il se trouve. Et le terrain est à notre désavantage. Cette neige est surnaturelle. Et pourtant nous continuons. Tu dois avoir d'autres raisons. Des raisons dont tu n'as pas parlé. Et maintenant, bon nombre d'entre nous sont morts.

Je te défie pour le droit de diriger ce clan. »

Tout s'arrêta. Tous les yeux se posèrent sur les deux hommes.

Zurgo observa son officier. Il était en colère, et sa rage le rendait stupide. S'il pensait vraiment au bien du clan, il n'aurait pas agi ainsi. Zurgo n'avait pas le choix. Il devait le tuer.

« Très bien. » Zurgo haussa les épaules et dégaina son épée. L'homme plus petit était déjà prêt à relever le défi qu'il venait de lancer, un bouclier dans chaque main. Trois grandes griffes d'os de dragon étaient attachées à chaque bouclier. Ses armes paraissaient impressionnantes, mais pour un humain de sa taille, elles seraient lourdes et lentes à manipuler.

« Viens nous montrer quel grand guerrier tu es », dit Zurgo pour le narguer."

Champion sanguinolent | Illustration par Aaron Miller

Batähar grimaça. Avec des armes aussi lourdes, il aurait sans doute préféré que Zurgo vienne à lui. Mais le khan n'en faisait rien. Batähar ne pouvait pas attendre, ou il paraîtrait faible.

L'homme avança, ses deux boucliers à ses côtés. Zurgo l'attendit. Quand il fut assez proche, Batähar voulut frapper le khan avec son bouclier droit. Mais Zurgo esquiva sur la gauche, en profitant pour se placer derrière lui. De la main gauche, il visa la nuque du conseiller avec son épée, mais Batähar leva son bras avec une vitesse surprenante. L'épée ne fit que cabosser l'armure de l'avant-bras de l'autre homme, sans le blesser.

Puis l'autre bouclier jaillit de nulle part, une griffe pointée vers le visage de Zurgo et l'autre, vers son entrejambes. Le khan parvint à reculer suffisamment vite pour que l'attaque ne fasse qu'entailler son armure au niveau de la jambe et de l'épaule, arrachant quelques plaques.

Il continua de contourner son adversaire, le forçant à faire pivoter son bouclier droit dans une posture de plus en plus difficile à maintenir. Il se prépara à le frapper. Batähar continuait de tourner avec lui, se protégeant le visage avec son bouclier. Mais dès qu'il baissa sa garde, le poing de Zurgo lui fracassa le menton.

Batähar s'écroula en gémissant.

Zurgo l'attrapa par le cou et le souleva du sol. Son adversaire, suffoquant, se débattit. Ses pieds ne touchaient plus le sol, et il faisait penser à une poupée de chiffon. Zurgo transperça la poitrine de Batähar de son épée, projeta le corps inanimé au sol, puis lui écrasa la tête sous son pied. Des morceaux de chair sanguinolents éclaboussèrent la neige autour d'eux.

Le khan se tourna lentement vers ses hommes. « Voyez ce qui arrive à quiconque défie l'autorité du khan des Mardu ! »

Varuk approcha sur sa monture. « Cela ne se reproduira plus », dit-il.

« Je tuerai quiconque osera le faire ! » gronda Zurgo, brandissant son épée ensanglantée vers le ciel.

« Non, dit Varuk, descendant de son cheval. Parce qu'il n'y a plus lieu de te défier. » Son regard était dur et froid, et il se tenait plus droit que jamais. Une attitude de défi, pas de soumission.

Les yeux de Zurgo s'étrécirent. « Je suis là », gronda-t-il.

Varuk lui désigna du bras ce qui restait de la horde.

« Regarde-les, Zurgo. » Sa voix résonna dans la vallée. « Autrefois ils te servaient. Et maintenant ils te craignent. Cela veut dire que tu n'es plus vraiment leur khan. »

« Tu oses défier mon autorité ! » beugla Zurgo.

« Il n'y a plus rien à défier », répondit Varuk. Il se retourna complètement vers la horde.

« Les Mardu n'ont aucune querelle avec Surrak ! Accompagnez-moi chez nous à Ailetrône, dit Varuk, et nous ne risquerons plus nos vies au service de la vengeance d'un pauvre orque imbécile ! »

La horde poussa une acclamation. Zurgo les fixait tous, le regard ébahi et la bouche ouverte.

Varuk se retourna à nouveau vers son ancien khan. L'espace d'un instant, un certain remords parut flotter dans l'air, puis plus rien. Varuk remonta sur son cheval, puis redescendit dans la vallée, au centre de l'armée. Zurgo resta immobile pendant que ses hommes se détournaient de lui et suivaient lentement son conseiller. Bientôt, il ne vit plus que leurs étendards au loin.

Avant-poste nomade | Illustration par Noah Bradley

Le clan était parti, et Varuk avait raison. Ce n'était plus la horde de Zurgo. Il ne lui restait qu'une chose à offrir aux Mardu, et c'était la tête de Vol, sans vie, dans la neige.

Il contempla son épée, qui dégoulinait encore du sang brillant de Batähar. Il arracha un pan de chemise à un cadavre... Il allait essuyer sa lame, mais s'arrêta net.

Ce sang était tout ce qui lui restait. Il ne le nettoierait pas tant qu'il ne se serait pas mélangé à celui de Sarkhan.

Non loin de lui, une guerrière temurienne couverte de fourrures, avec trois flèches plantées dans la poitrine, bougea soudain en gémissant. Zurgo se précipita tant bien que mal dans la neige et pointa son épée souillée sur la gorge de la mourante.

« Toi ! Dis-moi, quand ton peuple a vu pour la dernière fois le khan des Mardu, dans quelle direction allait-il ? »

Elle écarquilla les yeux, puis indiqua faiblement la cime des montagnes. « La tombe... du... dragon-esprit » murmura-t-elle d'une voix rauque.

Il lui plongea son épée dans la gorge. Elle cessa de bouger. Zurgo retourna ensuite à sa monture, monta en selle et pris la direction du gouffre.

Il savait où les rumeurs plaçaient la tombe du dragon, mais le voyage serait dangereux. Mais si Vol pouvait se transformer en dragon, il était logique qu'il parte à sa poursuite.

Le sol devenait de plus en plus instable tandis qu'il approchait du gouffre où reposait le corps du dragon. Il gravit plusieurs collines escarpées et la nuit finit par tomber. Peu après le crépuscule, sa monture flancha, eut un brusque sursaut, gronda et s'arrêta net. Il faillit tomber.

Il descendit de selle. L'animal s'était cassé une patte avant en la coinçant dans une crevasse. Elle décrivait à présent un angle anormal. De grosses échardes d'os lui avaient percé la peau et elles bougeaient légèrement. La créature souffrait terriblement.

Zurgo l'abandonna à son sort et continua seul.


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