Scapeshift, le jeu des français au Championnat du Monde

Posted in Articles on 12 Décembre 2014

By Pierre Dagen

Pierre Dagen est un joueur Pro Français (niveau Gold). Finaliste du Pro Tour Théros contre Dezani, il a également plusieurs Top 8 de Grand Prix à son actif. Il écrit pour plusieurs supports consacrés à Magic.

Introduction:

A moins d’avoir passé la semaine dernière sur une île déserte, vous savez sans doute que se déroulait la coupe du monde de Magic : the Gathering. L’épreuve reine en est le championnat individuel, un tournoi sur trois jours qui voit s’affronter 24 joueurs qualifiés par leurs résultats impressionnants sur la saison 2013-2014. Parmi ce club des meilleurs, deux français étaient en lice : le joueur de l’année et n°2 mondial Jeremy Dezani, ainsi que le champion du monde par équipe et Hall of Famer Raphael Levy. Pour la portion du tournoi se disputant en Modern, ils ont choisi le jeu Scapeshift, ou Changelieu dans la langue de Molière.

Scapeshift

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Réserve (15)
1 Battecrâne 4 Tarmogoyf 1 Morguesort 1 Colere des dieux 1 Retour à la nature 1 Négation 1 Boseiju, celui qui abrite Tout 1 Explosif articifiel 1 Ancienne Rancoeur 2 Poigne Krosianne 1 Contreflux

Le deck :

Scapeshift est un jeu combo très particulier, et ce pour deux raisons.

La première, c’est que sa combo en elle-même ne demande qu’une seule carte (Changelieu, d’où le nom), et au moins sept terrains. Une fois le sort éponyme résolu, aller chercher 6 Montagne et 1 Valakut, la Cime en Fusion permet d’infliger 18 dégâts, et l’on monte à 36 dégâts avec un 8ème terrain.

La seconde, c’est que comme il faut de toute facon aligner les terrains pour tuer, le jeu ne cherche pas à gagner particulièrement vite : il préfère triompher tour 6 ou 7 à coup sûr ou presque, plutôt que tour 4 quand les étoiles s’alignent.

En conséquence, un bon pilote de Scapeshift sait qu’il ne doit pas consacrer trop d’énergie à assembler sa combo (il y arrivera sans trop de mal, en général), et va à la place consacrer ses ressources à neutraliser l’adversaire pendant que lui-même se développe tranquillement. Du coup, on joue ici un nombre anormalement élevé de cartes traditionnellement associées à des decks controles (les anticréatures et les contresorts). Le résultat, c’est un des jeux combo les plus interactifs du Modern,  capable de changer de rôle assez facilement selon la pression mise par l’adversaire.

A noter d’ailleurs que, quand la réserve entre en jeu, la liste de nos frenchies a été conçue pour pouvoir tuer sans même résoudre Changelieu : l’occasion de punir un adversaire qui aurait surestimé l’importance de la combo en rentrant trop de cartes contre, tout ça pour périr bêtement sous les assauts d’un Tarmogoyf.

Pourquoi Scapeshift ?

Quand vous vous préparez à affronter 24 joueurs seulement, tous célèbres, il va sans dire que chercher à deviner ce qu’ils vont jouer et s’adapter en conséquence est une bonne idée. Si Jeremy et Raphaël ont pris la décision de venir en découdre avec ce deck en particulier, c’est qu’ils estimaient  avoir de bonnes chances de devoir affronter bleu / rouge aggro, un jeu tempo très puissant mais dont les contresorts (Percesort, par exemple) sont mal adaptés contre un adversaire qui a de toute facon prévu de poser pleins de terrains. Autre victime facile, les decks Cosse de Gestation sont sensibles aux anti-créatures comme Pyroclasme et n’ont pas vraiment d’armes efficaces à leur disposition contre le plan Changelieu.

Bien que leurs prédictions aient été plutôt bonnes, nos représentants n’ont malheureusement pas atteint les phases finales du tournoi cette année. Mais n’enterrez surtout pas Scapeshift pour autant ! Le deck a encore atteint la finale de Grand Prix Madrid mi-novembre, et je ne doute pas qu’il a encore de beaux jours devant lui.