La Porte des Mers

Posted in Magic Story on 28 Octobre 2015

By James Wyatt

James Wyatt joined Magic’s creative team in 2014 after more than 14 years working on Dungeons & Dragons. He has written five novels and dozens of D&D sourcebooks.

Histoire précédente : Former une armée

Retranché dans les hèdrons d’Éméria, surplombant Tazeem depuis les airs, Gideon Jura a envoyé des messagers partout dans le monde pour rassembler des alliés, avec l’espoir de lancer un ultime assaut contre les Eldrazi. La cité de Porte des Mers, autrefois flambeau du savoir et de la culture, est envahie par les monstruosités, mais Gideon l’a choisie comme champ de bataille. Ici, il ralliera les peuples de Zendikar et leur montrera qu’une victoire sur les Eldrazi est possible.

Des alliés l’ont rejoint. Drana de la Maison des Kalastria a réuni des vampires de Guul Draz. Noyan Dar, l’ondin malicieux, a amené avec lui un contingent de « mages du Roulis » dont la magie peut contrôler la violence des intempéries de Zendikar. Des guerriers et des réfugiés du plan entier se sont ralliés à l’étendard de Jura. Il a rassemblé la plus grande armée que Zendikar ait jamais connue.

Mais cela suffira-t-il ?


Les gens commencèrent à descendre des hèdrons dès que le soleil apparut à l’horizon. C’était une opération lente. Les cordes et les échelles reliant les pierres flottantes n’étaient pas conçues pour faire passer tant de monde en même temps. Lorsque Gideon arriva au sol, une demi-armée l’attendait déjà, des troupes issues des campements qui s’étaient formés à l’ombre des hèdrons quand les refuges rocheux étaient devenus eux-mêmes surpeuplés. « Pour Zendikar ! » s’écria-t-il, et un rugissement assourdissant lui répondit.

Lorsqu’il avait conduit les survivants du camp de Vorik jusqu’aux hèdrons d’Éméria, ils n’avaient été que quelques dizaines—si peu, avait-il pensé alors. Et bon nombre d’entre eux avaient été blessés ; certains, comme Vorik, avaient même succombé à leurs blessures dans les jours qui avaient suivi. Mais depuis lors, des groupes de réfugiés les avaient rejoints, les uns après les autres, si lentement qu’il avait à peine remarqué à quel point leurs nombres s’étaient accrus. Les guérisseurs avaient travaillé presque sans répit pour soigner le plus de soldats possibles, afin qu’ils puissent retourner au combat.

Désormais, Jura dirigeait une armée. C’était une troupe disparate et bigarrée, certes, mais les guerriers se comptaient par centaines, beaucoup de centaines. C’était vraiment l’armée de Zendikar, venue des quatre coins du monde, même des étendues gelées de Seijiri, qui avaient déjà été presque désertes avant l’ascension des Eldrazi. Kor, ondins et elfes marchaient aux côtés des humains, et même des gobelins et des vampires s’étaient joints à leurs rangs.

Gideon sourit en promenant son regard sur son armée. « Les Irréguliers de Gideon », murmura-t-il, éveillant des souvenirs doux-amers de sa jeunesse sur Theros. Ses amis et lui avaient été une troupe disparate, elle aussi—l’antithèse parfaite de la structure rigide des Boros sur Ravnica.

Aujourd’hui, avec Gideon à leur tête, cette armée hétéroclite—l’armée de Zendikar—entamait sa marche pour reprendre Porte des Mers aux Eldrazi.

Les premières créatures qu’ils rencontrèrent furent de minuscules engeances, éparpillées sur les collines rocheuses comme des moutons paissant dans les pâturages. Chacune d’elles se trouvait à l’extrémité d’une piste de poussière blanchâtre, la dévastation qu’elles laissaient sur leur passage. Jura poussa un cri et chargea, suivi par une douzaine de soldats impatients. Son sural cingla l’air, enserrant et tranchant les Eldrazi, pendant que les épées et les lances de ses alliés frappaient les choses tentaculaires grouillantes.

Quelque part sur sa droite, trop loin pour qu’il intervienne, un soldat hurla. Gideon s’arrêta, regarda autour de lui pour déterminer d’où était venu le cri, mais d’autres engeances se précipitaient déjà sur lui.

Les créatures succombèrent rapidement à la charge initiale, et l’armée reprit son avance vers la cité à une vitesse redoutable et grisante, comme si un vent poussait le Planeswalker dans le dos. Bientôt, il courait, criant, faisant tournoyer son arme dans les airs comme un étendard, plongeant la tête la première dans une masse d’Eldrazi plus proche de Porte des Mers. Ces monstres étaient plus gros, et leur mort fut moins rapide. Les armes tranchaient certes les plaques osseuses et les tentacules qui s’agitaient, mais Gideon entendit aussi plus de cris s’élevant au-dessus du fracas de la bataille, ceux de ses hommes charcutés par les griffes décharnées des Eldrazi et brûlés ou réduits en poussière par leur toucher.

Mais l’armée continua d’avancer, aussi inexorable que les essaims eldrazi, creusant une tranchée dans la masse des ennemis de Zendikar. Pour Jura, il n’y avait plus que la bataille : le rythme irrégulier des claquements de son sural, des attaques eldrazi frappant son bouclier ou repoussées par un crépitement de la lumière dorée qui protégeait sa peau. Celui des mouvements de ses pieds, d’avant en arrière, mais avançant toujours plus qu’ils ne reculaient. Toujours plus proche de la pierre blanche de Porte des Mers, du phare qui fut bientôt visible, touchant le ciel. Toujours vers l’avant, avec l’armée de Zendikar dans son dos.

Un tentacule barbelé jaillit du dos d’un soldat ondin juste à sa gauche. J’aurais pu l’arrêter, pensa Gideon, l’estomac noué, mais il n’avait pas le temps de s’attarder sur son erreur.

Toujours vers l’avant.

Une masse de tentacules grouillants surmontée d’une tête osseuse engouffra un trio de guerriers à sa droite. Il bondit et lui trancha net la tête d’un coup fulgurant, mais il ne restait plus des soldats que de la poussière coulant entre ses tentacules. Il avait été trop lent.

Pas de temps à perdre. Toujours vers l’avant.

Une énorme main décharnée souleva un kor dans les airs. Gideon se précipita à la rescousse, coupant le bras de l’Eldrazi et fracassant sa face aveugle de son bouclier. La main se contracta, du sang gicla entre les doigts. Le monstre et le kor s’écroulèrent en même temps.

Vers l’avant . . .

Pointe serpentine | Illustration par Jaime Jones

Tant de Zendikari mouraient. Tant d’hommes et de femmes, sous son commandement, se jetaient sans hésiter vers une mort certaine. Soudain, il était de retour sur Theros, un jeune homme effronté projetant la lance d’Héliode sur le dieu de la Mort. Et autour de lui, les Zendikari, cette armée disparate qu’il avait affectueusement comparée à ses Irréguliers, mouraient comme ses amis l’avaient fait, en payant pour ses erreurs et son arrogance.

Le poids de ces quatre morts ne quitterait jamais ses épaules. Quatre. De combien de morts de plus porterait-il le fardeau après ce jour ?

Il secoua la tête pour s’éclaircir les idées, et réalisa que sa charge folle l’avait séparé du reste de l’armée. Décrivant un grand arc cinglant avec son sural pour repousser les Eldrazi qui l’encerclaient, il retourna vers ses troupes. Ses forces étaient bloquées, et maintenant, une mer d’Eldrazi bouillonnait entre lui et ses hommes.

Tant d’entre eux mouraient.

Ce n’était plus un fer de lance poussant l’adversaire vers Porte des Mers. L’armée s’était répandue et les Eldrazi avaient réussi à s’infiltrer entre les soldats. Les formations défensives avaient été brisées, et la charge offensive s’était arrêtée. Jura réalisa aussi que ses hommes étaient fatigués. Pendant combien d’heures avaient-ils combattu ?

La journée touchait lentement à sa fin. Le phare de Porte des Mers était encore un flambeau lointain au-delà d’un champ d’ennemis mortels. Et l’armée de Zendikar faiblissait—elle mourait.

C’était entièrement sa faute.

Munda, le chef kor qu’on surnommait « l’Araignée », était à quelques mètres sur sa droite, balançant la structure complexe de cordes qui lui avait valu son nom. Comme le Planeswalker, il s’était aventuré trop en avant des forces zendikari, et il commençait à fatiguer.

Gideon se fraya un chemin jusqu’à lui. « Viens », dit-il.

Munda grogna.

« Nous devons retrouver l’armée, continua Gideon. Il faut qu’on réorganise les troupes. »

Le kor lança un regard par-dessus son épaule, vers ce qui avait été auparavant une ligne de front cohérente. « Elles ont besoin de bien plus que ça », finit-il par répondre.

Malgré cela, il suivit l’ordre du Planeswalker, les deux hommes se plaçant dos à dos pour se protéger mutuellement. Ils s’étaient souvent aventurés tous les deux loin du camp pour chasser les Eldrazi, et ils se battaient bien ensemble. Mais de plus en plus de créatures se faufilaient dans les vides laissés par le tourbillonnement constant de leurs armes.

Munda, chef d'embuscade | Illustration par Johannes Voss

« Pour Zendikar ! » s’écria Jura quand la ligne de soldats s’écarta pour l’engouffrer. Leur réponse était certes sincère, mais affaiblie. « Revenez vers moi ! » dit-il, et les troupes commencèrent laborieusement à revenir dans un semblant de formation.

« Nous n’allons pas gagner, dit Munda. Pas aujourd’hui. »

L’estomac de Gideon se noua. La défaite n’était pas une option qu’il était prêt à envisager.

« Un autre jour, continua l’Araignée. Si nous survivons. »

« Repliez-vous », dit Jura, en partie pour se convaincre lui-même.

« Repliez-vous ! » cria un soldat près de lui. C’était une kor qu’il avait déjà vue, une sentinelle du campement. Du sang coulait de son front le long de son œil, puis sur sa joue, comme des larmes.

« Repliez-vous ! » Répéta Munda, et le cri se propagea parmi les rangs.

Le Planeswalker le sentit presque immédiatement : ce mouvement vers l’avant, cette pression dans son dos, fut immédiatement remplacé par un doux tiraillement quand l’armée commença son repli.

« Repliez-vous ! » cria Gideon, se préparant à se battre pour garder les arrières de l’armée en retraite.

Des troupes disciplinées savaient se protéger en maintenant leur formation quand elles reculaient. Pendant quelques instants, l’armée de Zendikar parut être capable d’y arriver. Munda était à ses côtés, l’aidant à protéger les soldats.

Mais pour la plupart, ce n’était pas des troupes disciplinées. Elles étaient dures, redoutables et déterminées, accoutumées à survivre sur Zendikar et aux horreurs des Eldrazi. Mais elles étaient fatiguées, les Eldrazi les poursuivaient sans relâche.

Et tant d’entre eux étaient tombés.

Le repli se transforma rapidement en débâcle. Le sentiment de tiraillement dans son dos devint un vortex aspirant tandis que les rangs derrière lui se dissolvaient et se dispersaient comme de la poussière.

« Maintenez la ligne ! » cria Gideon, et le sentiment d’aspiration diminua un peu. Les soldats les plus proches ralentirent et resserrèrent leurs rangs, mais il était trop tard pour le reste. L’armée de Zendikar—son armée—s’était évaporée.

Ce qui laissait seulement Gideon, Munda et une poignée d’hommes pour retenir les Eldrazi, comme le barrage de Porte des Mers face aux eaux de la Mer de Halimar.

Quelque part derrière lui, une corne sonnait le ralliement. Cela ne faisait aucune différence pour lui et pour les vagues de monstres qui l’attaquaient. Mais cela lui donnait une direction à suivre en l’absence d’une armée ordonnée. Se fiant toujours au son de la corne, il finit difficilement par atteindre les collines surplombant la cité.


Finalement, il n’y avait plus d’Eldrazi à leur poursuite, et Jura put enfin tourner le dos à Porte des Mers et rejoindre ce qui restait de son armée. Au sommet d’un contrefort, Tazri se tenait sous un étendard déchiré au milieu d’un groupe de soldats. C’était elle qui avait sonné la corne. Quand Gideon eut escaladé l’escarpement et qu’il se retourna, il vit des regroupements autour de feux de camp en contrebas. Alors que le soleil touchait l’horizon, l’armée de Zendikar se réunissait à nouveau.

Munda lui tapa sur l’épaule. « Nous nous en sommes sortis indemnes, mon ami », dit le kor.

« Tu t’es bien battu, répondit le Planeswalker. Et je suis heureux de te voir, Tazri. »

« C’est un désastre complet, commandant général », dit-elle, son ton en disant long sur ce qu’elle pensait de son échec.

Gideon la regarda le front plissé pendant quelques instants ; Munda retint son souffle.

« Très bien, dit-il enfin. Dis-moi ce que j’ai fait ! »

« Rien, répondit-elle. C’est bien le problème. Tu n’as rien fait. »

Jura sentit son visage rougir. « Rien ? J’en ai tué des dizaines. J’ai sauvé— » Les mots s’étranglèrent dans sa gorge. Des dizaines ? Peut-être. Mais pas suffisamment.

« Tu es un héros sans égal, mon ami, dit Munda. Mes crochets ont abattu— »

« Mais ces gens ont besoin d’un commandant, coupa Tazri. J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai vraiment essayé. Mais c’est toi qu’ils suivent. »

« J’ai mené la charge », protesta-t-il, mais dans son cœur, il sentait le poids de chaque mort qu’il n’avait pas pu empêcher.

« Ce n’est pas la même chose. Tu l’a menée en chargeant en tête, un exemple magnifique pour tes troupes, cracha-t-elle. Et tu t’attendais à ce que ton armée te suive en pleine bataille sans aucune stratégie. »

Gideon plissa à nouveau le front. « Oui, je m’attends à ce que chaque soldat de cette armée plonge dans la bataille avec le même enthousiasme. Personne n’est là pour faire bonne figure. »

« Non, tu t’attends à ce que chaque soldat dans cette armée agisse exactement comme toi, dit-elle, tapant du doigt son torse. Regarde-les ! Nous n’avons pas mille Gideon sur ces collines. »

« Heureusement », gloussa Munda, sarcastique.

« Oui, continua la militaire. En effet. Mille Gideon feraient certainement une force redoutable. Mais que feraient-ils contre les Eldrazi volants ? Et ceux qui sont dans l’océan ? »

Gideon contempla quelques instants les contingents d’ondins et d’elfes avec leurs anguilles célestes et leurs raies manta volantes harnachées, les vampires et les gobelins, les kor avec leurs voiles volantes et leurs crochets, et les humains venus de toutes les régions du monde.

Illustration par Kieran Yanner

« Mille Gideon, faisant tournoyer leurs fouets dans les airs et hurlant ’Pour Zendikar !’ en chargeant l’ennemi la tête la première. Cela fonctionnerait peut-être s’ils partageaient tous ton invulnérabilité. Ils pourraient peut-être vaincre les Eldrazi, même Ulamog, grâce à la seule force de leur entêtement. Mais ce n’est pas l’armée dont tu disposes, commandant général. »

« Tu crois que je ne le sais pas ? répondit Jura, soudain sur elle. Je les ai vus mourir. Tant d’entre eux ont péri. »

Tazri mit ses deux mains sur la poitrine du guerrier et le repoussa. Le halo autour de son cou brilla intensément. « Et moi je les ai vus combattre ! Nous sommes des Zendikari, Planeswalker. Chaque personne présente ici a grandi sur un monde qui semblait déjà déterminé à nous tuer, même avant l’arrivée des Eldrazi. Chaque race et chaque culture a trouvé des moyens de se battre, des méthodes pour repousser les menaces que Zendikar nous envoie. Et charger la mort la tête la première n’en est pas une ! »

Ses paroles lui firent l’effet d’un coup de poignard dans la poitrine.

« Tu inspires ces gens, continua-t-elle. Vorik l’a tout de suite remarqué. Tu l’inspirais, lui aussi. Même moi, je l’ai ressenti. Tu sais ce qu’il y a de meilleur chez les gens, et tu leur donnes envie de ne pas te décevoir. Mais tu ne leur accordes pas la chance de le faire. »

Gideon leva les bras au ciel. « Je ne comprends pas, dit-il. De quoi ont-ils besoin de plus ? »

Tazri avança vers lui. « Un plan ! Une stratégie ! Ils ont besoin de connaître leur place dans ton armée et le plan général d’attaque. Ils doivent savoir que s’ils font ce qu’ils savent faire le mieux, cela aidera une autre partie de l’armée à atteindre la victoire. Ils savent ce dont ils sont capables, mais c’est à toi de déterminer comment tout cela s’assemble et de leur expliquer. »

Gideon vit l’angoisse qui tordait le visage de la militaire, entendit la confusion dans sa voix, et il l’imagina soudain au milieu de cette bataille désastreuse, voyant tous ces soldats mourir, impuissante à y remédier. Et à cet instant, il réalisa qu’il n’avait pas seulement failli à ses troupes, mais aussi à ses officiers.

« Marchons ensemble, Tazri, dit-il. Munda, viens aussi. »

Ses lieutenants à ses côtés, le commandant général Gideon Jura descendit la colline vers les campements de son armée.


Dans les jours qui suivirent, ils mirent au point un plan. Gideon rencontra chaque commandant de l’armée, à la fois seul et en groupe. Il s’entraîna avec les soldats, apprit ce dont ils étaient capables, et chevaucha une anguille céleste. Les éclaireurs volants, que ce soit les kor et leurs voiles volantes, les elfes et les ondins sur leurs montures bizarres, ou les vampires flottant dans les airs par des moyens qu’il ne comprenait pas, lui faisaient des rapports constants sur les déplacements des Eldrazi et la situation de Porte des Mers.

Maintenant, le moment était vraiment venu.

Avant, il avait été certain de la victoire, sûr de son invulnérabilité et de l’enthousiasme brut de son armée. À présent, il était confiant. Il avait un plan—l’armée avait un plan, et chaque soldat savait comment ses compétences pourraient contribuer à la victoire. Ils ne faisaient tous qu’un corps, et chaque partie avait son rôle. Gideon connaissait le terrain et les lieux de concentration plus importante des Eldrazi. Bien sûr, la victoire n’était pas certaine, mais au moins, elle était atteignable. Chaque soldat le savait. Cette fois, les Zendikari ne combattraient pas dans l’espoir désespéré de survivre, mais en ayant un plan pour les amener à la victoire.

L’or d’une nouvelle aube emplit le ciel à l’est au-dessus de la mer, et les premiers rayons du soleil scintillèrent sur des lances et des casques sur tout le flanc de la colline. Les troupes étaient déjà organisées en formations précises, prêtes à marcher dès qu’il en donnerait l’ordre. Quand il vit le disque rougeoyant poindre à l’horizon, il fit claquer son sural dans l’air et cria : « Pour Zendikar ! »

Et, malgré le massacre de l’assaut précédent, malgré tous ceux qui avaient péri, l’armée de Zendikar répondit avec une incroyable force qui résonna dans ses oreilles.

Les troupes se mirent en marche. Les premières lignes étaient enrégimentées, organisées, marchant au rythme du roulement d’un tambour-conche ondin. Derrière elles, Gideon savait que les gobelins farfouillaient, que les elfes surveillaient les alentours de leurs arcs, que les anguilles célestes et les raies manta volantes patrouillaient les cieux, et qu’un groupe différent d’ondins, sous le commandement de Noyan Dar, se contorsionnait en préparation pour lancer leur étrange magie du Roulis. Pour les soldats qui partaient au front, ceux qui étaient les plus proches de lui, l’ordre était important, mais ce n’était pas le cas pour ces autres troupes. Un tambour différent pour chaque type de marcheur, se rappela-t-il.

Tandis que l’armée arrivait près des premiers groupes éparpillés d’Eldrazi, Jura cria quelques rappels inutiles. L’armée marcha en lignes ordonnées. Le fracas des lames retentit. Les Eldrazi s’écroulèrent. Les soldats blessés se retirèrent, et le rang suivant prit leurs places en première ligne. La majeure partie de l’armée attendait que leur présence soit nécessaire. Il était encore trop tôt pour que Gideon commette ses troupes plus mobiles.

Jura combattit. Il tuait des Eldrazi. Il protégeait les soldats près de lui quand il le pouvait. Il assurait le blocage de l’avancée des Eldrazi. Malgré les objections de Tazri, il avait insisté pour continuer à diriger son armée depuis les premières lignes. Il avait cependant accepté un compromis, celui de se retirer du combat et de revenir quelques rangs en arrière de temps en temps pour écouter les rapports des éclaireurs volants, afin de s’assurer de toujours comprendre comment la bataille se déroulait.

L’un d’entre eux, dans l’après-midi du premier jour, lui apporta un rapport alarmant. L’éclaireuse avait remarqué quelque chose dans l’océan au large de Porte des Mers : ce qui ressemblait à une armée—une flotte ?—de monstres nageant en direction de la cité. Ce n’était pas des Eldrazi, mais des serpents, des requins, des pieuvres géantes et même un kraken ou deux, qui avançaient inexorablement vers Porte des Mers comme une vague de fond. Gideon aurait été inquiet si l’éclaireuse n’avait pas ajouté qu’ils laissaient des cadavres d’Eldrazi flottant dans leur sillage.

« Donc, des alliés, dit-il. Du moins pour le moment. »

Jeton Pieuvre | Illustration par Craig J Spearing

L’armée continua sa progression régulière, et le phare de Porte des Mers fut bientôt à portée de vue. Son apparition éveilla l’excitation des soldats ; Gideon sentit une soudaine énergie dans son dos, comme une pression physique. Lui aussi était exalté, mais il lutta contre le désir de sortir des rangs et de passer à la charge. De nombreuses heures de rudes combats les séparaient encore des murs de Porte des Mers.

Lorsqu’un éclaireur rapporta de lourdes pertes sur le flanc droit, le Planeswalker y envoya des troupes supplémentaires, des cornes communiquant ses ordres aux hommes les plus loin. Quand il entendit qu’un important essaim d’Eldrazi volants approchait depuis Halimar, la mer intérieure, il ordonna à un contingent de chevaucheurs d’anguilles et d’archers d’aller le combattre. Il envoya des forces gobelines se débarrasser d'un groupe de petits Eldrazi qui aurait distrait ses soldats plus forts de menaces plus importantes.

Le soleil, rouge sang, commença à disparaître à l’horizon à l’ouest, donnant à la bataille une couleur extraordinaire. Bien sûr, les Eldrazi ne montraient aucun signe de fatigue, et les ombres grandissantes ne semblaient pas les déranger non plus. Gideon donna un ordre, répété par voie de corne, et les premières lignes entamèrent un repli prudent.

Jura réalisa qu’il retenait son souffle, et il se força à respirer, à faire confiance à ses hommes. Cela faisait partie du plan, et tout le monde savait ce qui devait arriver. Les rangs d’infanterie humaine, kor, ondine et elfe reculèrent et des troupes fraîches prirent leurs places : les vampires.

Gideon pouvait sentit la tension des soldats. Avec des Eldrazi devant eux, des vampires derrière eux et leur terrifiante chef de sang, Drana, lévitant au-dessus d’eux, ils avaient vraiment l’impression d’être coincés entre deux ennemis. Jura savait, et ils savaient également, que les vampires combattaient pour sauver Zendikar, comme eux. Mais ils savaient aussi que ces créatures se nourrissaient de sang. Et l’armée avait faim.

Cependant, la manœuvre se déroula sans incident. Les vampires, reposés et non troublés par les ténèbres, attaquèrent les Eldrazi avec un zèle redoutable. Selon toute évidence, ils étaient capables de canaliser leur faim, leur soif de sang, pour développer leur férocité au combat. Soulagés, Gideon et les rangs de soldats derrière lui, purent enfin succomber à la fatigue de la journée.

C’était la partie du plan où Tazri n’avait pas cédé aux objections du Planeswalker : il se reposa, mangea avec les autres officiers et passa la soirée à discuter de plans et de stratégies. La journée avait été un succès, et Gideon devait avoir confiance que la nuit se passerait tout aussi bien, même s’il n’était pas présent au front. Il parvint même à dormir un peu. Mais aussitôt que suffisamment de lumière éclaira le ciel oriental, il rejoignit ses troupes au front, inspirant les vampires à mener un nouvel assaut.


Les remparts de Porte des Mers, construits pour protéger la ville des bêtes et des bandits, et largement endommagés quand les Eldrazi avaient envahi la cité, apparurent le deuxième jour. La langue de terre qui séparait la Mer de Halimar de l’océan se resserrait soudain en arrivant au grand barrage blanc de Porte des Mers et ses murailles croulantes. Du côté de Halimar, une pente douce conduisait à une plage. Sur l’autre flanc, des falaises d'ivoire descendaient à pic jusqu’à l’océan. Cette situation géographique présentait un défi unique, car elle exposait les flancs de l’armée aux attaques d’Eldrazi qui nageaient ou qui volaient. Elle descendait aussi brusquement jusqu’à l’entrée de la ville, ce qui rendait une marche ordonnée plus difficile.

Mais ce n’était pas le terrain ou même les Eldrazi qui intéressaient le plus Gideon pour le moment. C’était l’énorme pieuvre qui avait en partie escaladé la falaise, levant un tentacule gigantesque vers ses forces militaires. Et plus particulièrement, l’ondine qui était perchée à son extrémité.

Ses soldats attendaient ses ordres, aussi il mit de côté son propre étonnement et marcha jusqu’au bord de la falaise pour rencontrer cette ondine. Elle était magnifique : des perles d’eau luisaient sur sa peau céruléenne, de grandes nageoires zébrées d’indigo se dressaient sur sa tête comme une coiffure élaborée, elle portait au front un énorme saphir bleu, comme un serre-tête ou une couronne. Et dans une main, elle serrait une arme : une lance fourchue étrange constituée d’une matière rappelant un corail rouge, gracieusement recourbée pour former deux pointes. Bizarrement, elle lui paraissait . . . familière.

« Regarde-moi ça, dit-elle avec un sourire en coin. As-tu amené une armée pour m’aider à reprendre la ville ? »

« T’aider— » répondit Jura d’un ton hésitant.

« Je suis Kiora », annonça l’ondine.

Kiora, maîtresse des profondeurs | Illustration par Jason Chan

Gideon fixa les yeux noirs de Kiora. « Gideon Jura, je suis le commandant général de cette armée. Nous sommes ici pour reprendre Porte des mers et... Nous sommes ravis d’accepter ton aide », ajouta-t-il après une pause, un sourire au coin des lèvres.

Elle éclata de rire et brandit sa lance. Une vague enfla la mer derrière elle, révélant les formes noires de créatures marines énormes—la « flotte » dont l’éclaireuse l’avait informé.

« Et je suis la commandante générale de cette armée, répondit-elle. Je suis la Déferlante, la maîtresse des profondeurs. J’ai affronté une véritable divinité. Les faux dieux eldrazi ne me vaincront pas quand même Thassa a échoué. »

« Thassa ? » répéta Gideon, écarquillant les yeux. Bien sûr, le bident. « Tu as visité Theros ? »

Kiora lui adressa un clin d’œil—ce qui était déconcertant car il impliquait la fermeture de deux paupières distinctes. « Je suis donc ravie d’accepter ton aide, Planeswalker. »

La vague qu’elle avait invoquée se fracassa contre le grand barrage blanc de Porte des Mers. L’océan bouillonnait sous l’action des requins, des baleines, des serpents de mer et des krakens qui déchiquetaient les Eldrazi.

« La bataille de Porte des Mers a commencé, Gideon Jura. Tu ferais mieux de te dépêcher de la rejoindre. »

Le monstrueux tentacule redescendit Kiora dans l’océan, et une autre vague titanesque enfla la mer derrière elle. Une nouvelle attaque d’Eldrazi, essayant peut-être d’échapper à l’assaut de l’ondine, fonça soudain sur les troupes, et Gideon aboya des ordres. L’armée de Kiora était une force chaotique qu’il ne pouvait pas diriger, mais il pouvait adapter l’assaut de ses propres forces pour en tirer le meilleur parti. Les cornes annoncèrent ses ordres à l’ensemble des troupes, et il sentit une énergie nouvelle animer les soldats qui l’entouraient.

Les forces de Kiora couvraient le flanc de son armée d’un côté, ce qui facilitait la progression vers le mur extérieur de Porte des Mers, du moins en théorie. Cependant, la plus grande difficulté, c’était le flot ininterrompu d’Eldrazi sortant de Porte des Mers, partant probablement vers ce qui passait pour de nouveaux horizons dans leurs esprits étranges, et le fait que le terrain les dirigeait droit vers l’armée de Gideon. Il était désormais impossible d’éviter les plus grosses concentrations de monstruosités. Ils devaient affronter l’ennemi de plein fouet.

Jura sentit l’impatience de ses troupes. Enfin en vue des murs de Porte des Mers, elles voulaient se précipiter, charger l’ennemi et les éradiquer. Il éprouvait la même chose, mais maintint la marche lente et régulière de la ligne de front. Il ne referait pas l’erreur de leur première charge.

Vers l’avant, toujours vers l’avant—mais beaucoup plus lentement. Les Eldrazi étaient un véritable déluge, et chaque pas en avant était en lui seul une victoire difficile.

À la tombée de la nuit suivante, les vampires de Drana reprirent leur place au front et tentèrent de maintenir leur position, mais leurs nombres étaient insuffisants pour retenir la marée eldrazi. La force de l’assaut aquatique de Kiora parut faiblir aussi avec la marée nocturne. Les vampires furent contraints de reculer jusqu’aux camps qui se trouvaient derrière eux, et les soldats fatigués furent réveillés au milieu de la nuit pour retenir les monstres dans l’obscurité.

Garde de nuit des Kalastria | Illustration par Jama Jurabaey

La nuit difficile ralentit encore la progression du lendemain. Mais quand le soleil disparut à l’horizon, l’armée avait atteint les murs de Porte des Mers. Des cris de joie retentirent sur tout le front tandis que les soldats touchaient la pierre, posaient leurs mains sur le mur. Pour bon nombre d’entre eux, Porte des Mers était leur foyer, et même pour les autres, le rempart représentait une étape importante vers la victoire.

Un tiers du mur n’était plus qu’une pile de gravats, un autre encore avait été réduit en poussière, mais au moins il filtrait encore les déplacements des Eldrazi. Prendre des positions défensives—même du mauvais côté du mur—aida les vampires à retenir les Eldrazi pendant la nuit pour que les autres soldats se reposent.

Et le jour suivant, la quatrième aube depuis le début de leur marche, l’armée de Zendikar traversa l’enceinte et entra dans Porte des Mers.

Soudain, Gideon menait une bataille d’un genre différent. Au lieu d’être sur un terrain à découvert, les deux forces s’affrontaient dans les rues de la cité, combattaient dans des ruelles sinueuses et sur de petites places. Comme c’était le cas pour les remparts, bon nombre des bâtiments étaient en partie détruits, mais même la carcasse d’une construction bloquait la ligne de vue et formait un obstacle pour l’armée. Une marche disciplinée n’était plus possible.

Cela voulait dire qu’il était temps de laisser agir les autres troupes. Les rangers elfes se déplacèrent rapidement et silencieusement entre les bâtiments, reconnaissant le terrain pour que des escouades de soldats puissent progresser dans la ville. Les gobelins agiles se faufilèrent dans les crevasses étroites pour dénicher les Eldrazi. Ils réussirent même à secourir quelques survivants qui avaient été coincés dans des décombres ou cachés dans des caves depuis la chute de la cité. Les éclaireurs à voile volante et les chevaucheurs d’anguille bombardèrent de concoctions alchimiques volatiles les groupes les plus importants d’Eldrazi, soudain avalés par des explosions de flammes dévorantes.

Gideon n’arrivait plus à déterminer s’ils progressaient ou s’ils reculaient. Pendant que des escouades de soldats vidaient et prenaient le contrôle d’un pâté de maisons, les Eldrazi les contournaient et en attaquaient un autre. Certains de ses hommes avaient presque atteint le phare, mais d’autres combattaient encore les Eldrazi au mur de la ville. Il n’était même pas sûr de ce qui constituait un repli, mais contrairement à ses troupes, les monstres étaient partout. Il devait trouver une solution.

Il marqua une pause, observant un Eldrazi gigantesque à l’agonie, et sentit soudain le sol trembler sous ses pieds.

« Il me faut une paire d’yeux ! » cria-t-il. Qu’est-ce qui approche ? »

Une ondine chevauchant une énorme anguille descendit à son niveau. « Zendikar ! s’écria-t-elle. Zendikar est venu combattre à nos côtés ! »

« Quoi ? »

« Des arbres et de la roche ! La terre elle-même se soulève pour détruire les Eldrazi ! »

Gideon ne comprit pas ce qu’elle voulait dire—jusqu’à ce qu’il vit le premier élémental passer non loin de là. Il ressemblait à une bête géante, mais sa tête était celle d’un ancien chêne, avec une gueule béante au milieu de racines, et ses pattes étaient un enchevêtrement de bois et de lianes. Chacun de ses pas faisait trembler le sol, et il balançait sa tête de droite à gauche, projetant des cadavres d'Eldrazi de tous côtés.

Vagabond des sylves | Illustration par Vincent Proce

D’autres élémentaux firent leur apparition, dépassant le haut des bâtiments et progressant le long des rues les plus larges. Ils étaient faits de bois et de feuilles, de lianes et de branches, de rochers et terre. Et à quelques rues de là, perchée sur la tête d’un immense élémental, entre ses deux cornes de bois, il vit une elfe exultante. Une lueur verte intense éclairait ses mains et ses yeux. Nissa était revenue. Et en effet, elle avait apporté Zendikar avec elle.

Les mages du Roulis de Noyan Dar avaient chanté les louanges de la puissance destructrice du monde : « Le monde se soulève ! Il tremble ! Il vit ! Il détruit ou il meurt ! » Et devant ses yeux, c’était exactement ce que faisait Zendikar. Ce n’était pas le Roulis imprévisible et sans distinction, mais les forces de la nature incarnées, marchant aux ordres de Nissa.

Gideon sentait que la bataille tournait en leur faveur. Ses soldats étaient plus inspirés et plus enthousiastes que jamais. Zendikar était un monde rude, et la plupart de ces gens avaient grandi avec le sentiment que le monde essayait de les tuer. Mais maintenant, de façon très concrète, Zendikar combattait à leurs côtés et tuait leurs ennemis. Des foules de soldats emboîtèrent le pas aux élémentaux, les acclamant et tuant tous les Eldrazi qui échappaient à l’étreinte des racines et à l’écrasement de la pierre.

« Emmène-moi ! » cria Jura à l’ondine qui planait toujours au-dessus de lui avec son anguille.

Elle fit descendre sa monture, et il se hissa, d’abord sur le toit d’un bâtiment, puis sur la selle de la créature, derrière sa cavalière. Ils s’élevèrent ensuite au-dessus de la cité, et Gideon put voir enfin les actions de son armée dans leur ensemble.

Quand il avait élaboré son plan d’attaque avec ses lieutenants, il avait souvent utilisé la métaphore d’un corps, dont toutes les parties fonctionnaient comme en symbiose. À présent, c’était ce qu’il voyait au-dessous de lui. Les deux forces—l’armée de Zendikar avec ses soldats, ses monstres marins et ses élémentaux, et les essaims d’Eldrazi—s’affrontaient comme deux lutteurs. Chacune d’elles occupait à peu près la moitié de la surface du barrage de Porte des Mers, séparées par le phare. Les élémentaux avaient permis de se débarrasser des Eldrazi qui s’étaient infiltrés derrière la ligne de front. Du coup, les Zendikari avaient une position solide dans leur moitié de la ville.

Non seulement ça, mais ils avaient aussi le dessus. Ils allaient gagner !

Surnombre | Illustration par Tyler Jacobson

Au commandement de Gideon, la chevaucheuse d’anguille le déposa près du phare. Il aboya des ordres relayés par les cornes à toute l’armée. Immédiatement, les soldats marchèrent, les voiles volantes s’envolèrent, les éclaireurs se glissèrent parmi les bâtiments... La victoire approchait à grands pas.

De l’autre côté du phare, la bataille devenait moins intense. Au lieu de combattre un flot d’Eldrazi quittant la ville, les Zendikari les repoussaient hors de Porte des Mers à l’autre bout. Les créatures résistaient encore ; elles semblaient toujours vouloir transformer leurs adversaires en nourriture ou en poussière. Mais les Zendikari avaient maintenant l’initiative. Lorsqu’ils firent une pause pour la nuit, les vampires de Drana n’eurent aucune difficulté à retenir les Eldrazi.

Et il était à peine midi le lendemain quand un grand silence s’abattit sur la cité. Quelques instants plus tard, des hurlements de joie retentirent près du rempart, avant de s’étendre au reste des troupes. Le cœur battant, Gideon appela un éclaireur aérien pour avoir son rapport.

« Les combats ont cessé, commandant général Jura, rapporta l’elfe. Je ne vois plus d’Eldrazi dans l’enceinte de la ville. »

Le Planeswalker devait en avoir le cœur net. « Le sommet du phare, dit-il. Peux-tu m’y emmener ? »

L’elfe acquiesça. Gideon se hissa sur le dos ondulant de la raie manta volante. Quelques instants plus tard, il grimpa au sommet du phare en passant par une fenêtre et contempla pour la première fois Porte des Mers.

La cité était en ruines. Bon nombre de bâtiments n’étaient plus que gravats et poussière, et les rues étaient jonchées de cadavres. Le puissant barrage avait tenu le coup, cependant, il voyait quelques taches de corruption çà et là à sa surface.

Mais Porte des Mers leur appartenait. L’armée de Zendikar l’avait repris aux Eldrazi. Ils avaient gagné.

Un signaleur avec une corne le rejoignit en haut de la tour pour communiquer ses ordres. Deux groupes importants de soldats se rassemblèrent à chaque extrémité du barrage, des patrouilles plus petites surveillèrent Halimar au cas où des Eldrazi tenteraient de les attaquer par voie de mer, et des archers se postèrent du côté de l’océan. Ils avaient repris le contrôle de Porte des Mers, mais il fallait encore défendre la ville.

Lentement, d’autres officiers se joignirent à lui, finalement suivis par Nissa, et enfin Kiora.

« J’ai quelques questions à te poser », dit-il à la Planeswalker ondine, souriant.

« Je n’en doute pas », répondit-elle.

Mais avant qu’il puisse le faire, il entendit des cris dans la ville, en contrebas. Craignant que les Eldrazi aient réussi une nouvelle incursion, il se précipita vers la fenêtre.

Une ondine dont l’armure de corail blanc contrastait avec sa peau rouge courait à toute allure en direction du phare.

« Jori En ? » dit il.

Elle criait quelque chose, mais il ne comprenait pas ce qu’elle disait. Quand elle entra dans le phare, il commença à descendre les escaliers à sa rencontre.

C’est là qu’il l’entendit enfin clairement : « Ulamog ! »

Ils se retrouvèrent à mi-chemin dans l’escalier. À bout de souffle, elle répéta son avertissement.

« Ulamog arrive ! »


Les deux prochaines histoires d’Uncharted Realms présenteront de nouveaux personnages de Commander (édition 2015). Les nouvelles de La bataille de Zendikar reprendront le 18 novembre !


La bataille de Zendikar Histoires archivées

Profil du Planeswalker : Gideon Jura

Profil du Planeswalker : Kiora

Profil du Planeswalker : Nissa Revane

Profil du plan : Zendikar

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